Le site de Madeleine et Pascal

Au Musée égyptien

26 novembre 2021, par Madeleine, Pascal

Le Musée égyptien est hébergé dans un bâtiment édifié à partir de 1679 par l’architecte Michelangelo Garove. C’était à l’origine, le Collège des nobles, un établissement d’enseignement jésuite qui accueillit, à partir de 1757, l’Académie des sciences puis le Musée égyptien.

(Dans la cour du musée)
Dans la cour du musée

Fondé en 1824 par le roi de Sardaigne et duc de Savoie Charles-Félix et ouvert au public en 1832, le Musée égyptien de Turin fut le premier musée d’égyptologie du monde.

La création du musée est liée à l’existence de collections constituées par des personnages qui ne furent pas tous des savants :

  • En 1757, Donati fut le premier européen à effectuer des fouilles en Égypte. Il en rapporta des statues d’Isis, Sekmet et Ramsès II issues du temple de Mout à Karnak.
  • Drovetti participa à la campagne d’Égypte, fut naturalisé français, nommé consul de France en Égypte et se révéla être surtout un aventurier et un pillard. Il vendit sa première collection au roi de Sardaigne Victor-Emmanuel Ier en 1821, après que Louis XVIII l’eut refusée. Il vendit ensuite une partie de sa seconde collection à Charles X.
  • Ernesto Schiaparelli (1856-1928) était un archéologue et égyptologue qui consacra toute sa vie à l’Égypte antique et fut à l’origine d’une partie importante des collections du musée. À partir de 1894, il devint responsable de la collection d’antiquités égyptiennes du musée de Turin, dont il fit la seconde du monde après celle du Caire. En 1903, il créa la mission archéologique italienne en Égypte qu’il dirigea pendant dix-sept ans. Il effectua douze missions en Égypte au cours desquelles il découvrit un certain nombre de sépultures inviolées dont des tombes d’époque protodynastique.

Quelques objets d’origine parfois non identifiée témoignent des toutes premières collections.

  • Chapiteau hathorique en forme de dé
  • Fausse porte de Neferrenpet, vizir de Ramsès (...)
  • Détail d’un papyrus
  • Vitrine contenant des coffres à ouchebtis
  • Chapiteau d’époque copte à décor géométrique

La période protodynastique

(Sépultures d’époque protodynastique)
Sépultures d’époque protodynastique

La période protodynastique est la dernière période de la préhistoire égyptienne. Elle fait la transition entre le Néolithique et la formation d’un État par unification du pays et centralisation des pouvoirs aux mains des dynasties pharaoniques.

À cette période, les sépultures se diversifient : les différences de richesse et de statut social se manifestent dans les tombes, signe d’une structuration de la société en classes et d’un pouvoir exercé par une minorité.

Les différences de statut transparaissent en particulier à travers les matériaux utilisés pour protéger le corps du défunt : les sarcophages des riches sont en bois (matériau rare en Égypte), tandis que les versions bon marché sont en terre cuite et que les enfants sont inhumés dans des paniers. Des vases normalement employés pour la cuisine ou le transport des grains peuvent aussi être utilisés, un vase analogue, renversé, servant de couvercle.

Sur la vue ci-contre, on reconnaît

  • au premier plan à gauche, un grand vase en céramique
  • à droite, deux paniers tressés, dont l’un avec couvercle
  • en arrière-plan, un coffre en bois et une photo de deux vases dont l’un est renversé, en guise de couvercle.

L’Ancien Empire

  • Statue de la princesse Redji - IIIe dynastie
    Granodiorite - Saqqarah - Collection Drovetti (...)
  • Fausse porte et table d’offrande du mastaba de (...)
    IVe dynastie - Fouilles Schiaparelli 1903 - (...)
  • Panier et tunique
  • Coffret en bois à incrustations d’os et de (...)
    Ve dynastie - Fouilles Schiaparelli de 1913 - (...)


Une tombe inviolée de la Ve dynastie à Gebelein

La vitrine ci-dessus correspond au contenu d’une des trois chambres d’une tombe découverte en 1911 à Gebelein, à trente kilomètres au sud de Louxor. Épargnée par les pillards de l’Antiquité et ayant échappé aux dégâts causés par les éléments naturels, la tombe était inviolée et tout son contenu était préservé et en place, dans une chambre creusée dans le roc. L’emplacement de chaque objet est connu grâce aux notes prises, lors de la découverte, par un jeune collaborateur de Schiaparelli, même si l’emplacement précis de la tombe n’est plus connu. C’est le contexte d’une des trois chambres de cette tombe qui est ici restitué, avec ses sacrophages, sa vaisselle de pierre ou de céramique et divers objets.

On sait seulement que la tombe avait été creusé sur le flanc d’une des deux collines rocheuses qui constituent l’élément le plus remarqueble d’un paysage que les Arabes ont applé Gebelein (Les deux montagnes) et que leurs prédécesseurs antiques nommaient Inerty Inpu, (Les deux rochers d’Anubis).

Un autre ensemble découvert à Gebelein en 1911

La vitrine ci-dessus correspond à un ensemble rare qui se trouvait dans une tombe découverte en 1911 dans la nécropole de Gebelein par la mission archéologique du Musée de Turin. Dans un coffre rectangulaire à décor "en façade de palais" analogue à celui du mastaba de Perim, se trouvait un tas de bandages. Les analyses non-destructives ont montré qu’il renfermait un corps dans une position repliée et un appuie-tête à double colonne.

Le puits funéraire contenait aussi un document de comptabilité sur papyrus. Ce genre de documents administratifs est extrêmement rare dans l’Ancien Empire. Un autre exemple en fut fourni, à Gebelein également, dans une tombe découverte 24 ans plus tard par la mission du Musée égyptien : elle contenait des rouleaux de papyrus et des fragments (exposés ici) relatant des transactions comportant des listes de personnes et des indications de quantités de grains et autres marchandises.

La première période intermédiaire

  • La tombe d’Ini
    Une maquette de grenier, à gauche et une (...)
  • Le sarcophage de la tombe d’Ini, avec sa paire (...)
    Au premier plan, vaisselle et sacs de graines (...)

Le défunt de la tombe d’Ini est un "porteur de sceau", "gouverneur de province" et "chef des prêtres de Sobek". Il était couché sur son côté gauche, regardant en direction de la paire d’yeux peints qui orne l’extérieur du sarcophage. Son équipement funéraire comportait des pièces de vaisselle en terre cuite, environ 300 sacs de graines réalisés en fibres végétales tissées et des modèles réduits de bateaux, grenier… objets qui deviendront habituels au Moyen Empire.

Le Moyen Empire

La tombe de Shemes

La tombe d’un dignitaire du nom de Shemes fut découverte inviolée en 1908 à Assiout par la Mission archéologique du Musée de Turin. Elle contenait deux sarcophages de bois dont l’un était celui d’une femme, probablement l’épouse de Shemes.

  • Le sarcophage de la femme de Shemes bordé (...)
  • Statue de Shemes portant un long bâton et un (...)
  • Une stèle du Moyen-Empire
    Fonds ancien du musée
  • Statue du gouverneur Wahka, fils de Neferhotep -
    Cette statue est un exemple exceptionnel de (...)


Les sarcophages de Mereru - XIIe dynastie

Les sarcophages de Mereru sont richement décorés : outre des incantations funéraires et des formules d’offrandes disposées en multiples lignes, on y voit les dessins des paires d’yeux oudjat et des représentations d’offrandes : corbeilles de nourriture et armes (arcs, carquois, boucliers en cuir de vache tacheté).

Le Nouvel Empire

  • Statue d’Aanen, second prêtre d’Amon - Nouvel (...)
    Aanen était le frère de la reine Tiyi, épouse (...)
  • Couvercle de sarcophage de Djehutymes, grand (...)
    Le couvercle représente la momie portant un (...)
  • Statue de Hel - XVIIIe-XIXe dynastie - (...)
    La femme est assise sur un coussin. Sa main (...)
  • Statue d’un couple : chacun des époux tient (...)


(Papyrus du plan de la tombe de Ramsès IV)
Papyrus du plan de la tombe de Ramsès IV


(Fragments du papyrus minier)
Fragments du papyrus minier

La photo ci-dessus (cliquable) représente une partie du papyrus qui donne le plan de la tombe de Ramsès IV par le scribe Amennakht, fils d’Ipuy. On y voit la description stylisée de la montagne thébaine où la tombe fut creusée. Conformément aux principes de représentation égyptiens, les portes sont figurées de face tandis que les salles sont dessinées en plan. Le plan n’est pas à l’échelle mais les dimensions de chaque pièce sont spécifiées, pas toujours conformes aux dimensions réelles de l’ouvrage.

Le papyrus minier, ci-contre, est considéré comme la plus ancienne carte topographique connue. Découvert à Deir el-Medineh, il fait partie de la collection Drovetti. La carte a été dessinée vers 1160 av. J.-C. par le scribe Amennakht, fils d’Ipuy. Elle préparait une expédition d’extraction de roches pour Ramsès IV au Ouadi Hammamat, dans le désert Arabique.

  • Stèle funéraire de Maya, "scribe des contours" (...)
    Au registre supérieur, Maya et son épouse Tamit (...)
  • L’ostracon à la danseuse - Deir el-Medineh - (...)
  • Maillet et ciseau de sculpteur - Deir (...)
  • Stèle du "peintre des contours" et sculpteur (...)
    Qen vécut sous le règne de Ramsès II. La scène (...)
  • Pyramidion de Ramose -XIXe dynastie - Deir (...)

La tombe de Kha et de son épouse Merit était inviolée lorsque Schiaparelli la découvrit en 1906 près du village de Deir el-Medineh. Elle avait échappé aux pillards de l’Antiquité car elle était assez éloignée de la chapelle funéraire associée. Il s’agissait alors de la plus riche tombe d’un personnage non royal jamais découverte. Les titres de Kha indiquent qu’il supervisait la construction des tombes royales. Les objets trouvés dans la tombe précisent les noms des souverains Amenhotep II et Amenhotep III.

  • Le sarcophage intermédiaire de Kha
  • Le sarcophage interne de Kha
  • Plastron de la momie de Merit

La salle des sarcophages fournit l’occasion d’admirer des scènes peintes qu’on peut identifier au moins en partie.

La défunte s’avance vers Osiris

Ci-dessus, à gauche, Osiris, derrière lequel se tient Isis, est assis sur un trône, dans un naos. Horus, précédé d’une lionne, et Thot s’avancent vers Osiris qu’ils saluent. La défunte dont la tête est surmontée d’un cône d’onguent est introduite par une divinité qui pose la main sur son épaule.

À droite, la scène de la "dame du sycomore"

Ci-dessus, la partie droite du même sarcophage. Le défunt (vu ce qui précède, on s’attendrait plutôt à ce que ce soit une femme… ), parvenu dans l’au-delà, est agenouillé devant une table d’offrandes, un cône d’onguent sur la perruque. Il boit l’eau contenue dans un vase, qui est versée en direction de ses mains par une déesse qui semble sortir d’un arbre. Il s’agit d’Hathor ou d’Isis, parfois nommée "La dame du sycomore" et décrite comme « Maîtresse de l’ouest » : elle accueille le mort dans sa nouvelle vie.

Les photos suivantes montrent un sarcophage dont les peintures relèvent d’une technique beaucoup plus sommaire.

  • Le serptent Mehen qui habite le monde de (...)
  • Deux déesses à ailes de vautour déployées, face (...)
  • Après la pesée de l’âme, à droite, le défunt est (...)
  • Le défunt, en Osiris, sur un lit funéraire, (...)

La troisième période intermédiaire

(Le sarcophage du scribe royal Butehamon - Collection Drovetti)
Le sarcophage du scribe royal Butehamon - Collection Drovetti

Le scribe royal Butehamon est une figure clé de l’histoire égyptienne. Il vécut entre la fin du Nouvel Empire (XXe dynastie, règne de Ramsès XI) et le début de la troisième période intermédiaire. À cette époque, la communauté des bâtisseurs de tombeaux royaux avait déjà déménagé de son quartier d’origine, le village de Deir el-Medineh, vers le temple de Medinet Habou.

Butehamon descendait d’une importante famille de scribes et d’hommes de lettres que l’on peut retracer jusqu’au célèbre Amennakht, fils d’Ipuy, qui rédigea certains des papyrus présentés au musée. La correspondance de Butehamon avec son père Djehutymes est également de la plus haute importance. Elle fournit des informations intéressantes sur les événements politiques qui ont marqué les dernières années du règne de Ramsès XI.

De nombreux graffitis au nom de Butehamon témoignent des activités de ce scribe dans la nécropole royale. En particulier, une note trouvée sur la momie de Ramsès III atteste que Butehamon faisait partie des fonctionnaires chargés par le grand prêtre d’Amon-Rê, Pinudjem, de restaurer la momie royale et de la réenterrer, avec de nombreuses autres qui ont été restaurées vers cette époque et apportées à la cachette de Deir el-Bahari.

Le sarcophage de Butehamon arrive à Turin en 1824 avec la collection Drovetti. Il est présumé avoir été trouvé dans la tombe réutilisée d’un artisan de Deir el-Medineh. Selon les spécialistes, son sarcophage a déjà toutes les caractéristiques de ceux de la Troisième période intermédiaire.

Les périodes tardives

  • Chapiteau hathorique d’époque ptolémaïque
    Fonds ancien
  • Stèle bifrontale avec Serapis, Isis et (...)
    Le côté photographié montre, en bas, dans un (...)

La salle des statues

La plupart des statues de cette salle ont été rapportées d’Égypte par Drovetti, consul de France en Égypte au début du XIXe siècle. Il avait chargé un sculpteur de sélectionner sur les sites égyptiens des statues remarquables pour sa collection personnelle.

La salle des statues

Presque toutes celles qui sont ici proviennent de Louxor. Vendues au roi de Sardaigne Charles-Félix en 1824, elles constituèrent à l’époque le cœur de la première grande collection d’antiquités égyptiennes d’Europe.

En 1824, deux ans après avoir déchiffré les hiéroglyphes, Champollion vint à Turin pour étudier ces monuments, ainsi que les papyrus de la collection Drovetti.

Des miroirs créent l’illusion d’une allée de sphinx

Les statues de grande taile représentant des divinités étaient assez rares dans l’Égypte antique et la plupart d’entre elles étaient réalisées pour des programmes iconographiques de grande ampleur. Les deux statues qui suivent appartenaient au temple de millions d’années d’Amenhotep III, sur la rive occidentale de Louxor. Une fois le temple abandonné, elles furent réutiisées à Karnak.

  • Statue de Ptah - Granodiorite - Nouvel Empire (...)
    Collection Drovetti - Karnak
  • Statue de Ptah - Granodiorite - Nouvel Empire (...)
    Collection Drovetti - Karnak - La tête est un (...)

Des centaines de statues en pierre de la déesse Sekmet furent également commandées par Amenhotep III. Comparables par l’iconographie, elles diffèrent notablement dans leur facture et leur fini. La déesse à tête de lionne est coiffée d’un disque solaire orné d’un uraeus et parfois deux. Assise, elle tient une ankh, la croix de vie, et, debout, une fleur de papyrus, symbole de renaissance et de fraîcheur.

  • Statue de Sekhmet debout, tenant une tige de (...)
  • Statue de Sekhmet assise, tenant une ankh - (...)
    Louxor - Collection Drovetti
  • Statue de Sekhmet assise - Granodiorite - (...)
    Louxor - Collection Drovetti - Le disque (...)


Détail d’une statue de Sekhmet

Ci-dessous, une série de statues royales, parmi lesquelles la plus admirable est celle de Ramsès II.

  • Satue royale agenouillée avec deux vases (...)
  • Statue royale assise
  • Statue de Séthi II - Nouvel Empire - XIXe (...)
    Collection Drovetti - Karnak - Temple d’Amon
  • Amon protégeant Horemheb - Nouvel Empire - (...)
    Calcaire - Collection Drovetti


  • Ramsès II
  • La statue fut découverte par Donati dans le (...)
  • La grande épouse royale, aux pieds de Ramsès
  • Le roi est coiffé du képresh


Article mis à jour le samedi 4 décembre 2021