Le site de Madeleine et Pascal

Cumes

La première colonie de la Grande Grèce

18 janvier 2017, par Madeleine, Pascal

Cumes est proche de Pithécusses, l’actuelle île d’Ischia, un comptoir de Méditerranée occidentale, où s’établirent en 760 av. J.-C. les premiers Grecs venus l’île d’Eubée. Cumes (en grec Kumè) fut fondée vers 750-740 par les colons de Pithécusses. Elle fut occupée par les Romains puis les Goths et enfin par Byzance avant d’être abandonnée au XIIe siècle.

Cumes se trouve dans la région des Champs phlégréens (du grec "champs brûlants"), une caldeira formée au cours de deux éruptions majeures, il y a 36 000 puis 14 000 ans. Cette zone, qui n’était déjà plus active dans l’Antiquité, se caractérise par la présence de cônes et cratères volcaniques et par des manifestations (émanations, fumerolles) qui expliquent que les anciens aient pu lier divers mythes et légendes aux Champs phlégréens et plus particulièrement aux environs du lac d’Averne.

Le lac d’Averne et les mythes

Le lac d’Averne
Le lac d’Averne

À l’époque d’Auguste, le voyageur et géographe Strabon décrit le lac d’Averne :

Ses pentes escarpées étaient autrefois couvertes d’une forêt de grands arbres, impénétrable et sauvage, qui plongeait le lac dans l’ombre. Les habitants de la région racontaient que les oiseaux entraînés là dans leur vol s’abattaient aussitôt à la surface des eaux, frappés à mort par les exhalaisons qui se dégageaient de ce lieu comme si ce fussent les Portes de l’Enfer.

Les anciens mettaient donc le lac d’Averne en relation avec Pluton et c’est sur le rivage de l’Averne que le poète Virgile place l’antre qui permit le passage d’Énée et de la Sibylle dans le monde souterrain où le héros souhaita retrouver son père Anchise. Mais la Sybille répondit en particulier à Énée qu’il devait préalablement enterrer son compagnon Misène, jeté à la mer à l’issue d’une querelle et resté sans sépulture. Après avoir retrouvé son corps sur la plage, Énée l’inhuma sous un monticule : c’est le cap Misène.

On peut consulter ici une belle traduction du chant VI de l’Enéïde qui narre cet épisode.

Au loin, le cap Misène, lieu légendaire d’inhumation d’un compagnon d’Énée

Le site archéologique de Cumes

Sur l’acropole de Cumes

La photo ci-dessus est prise face à la mer Tyrrhénienne :

  • à l’arrière-plan, les hauteurs sont celles qui précèdent le cap Misène ;
  • à droite se trouve l’ilôt de Procida, tandis que l’île d’Ischia, plus éloignée, est invisible.
  • à gauche, on devine un lac.

Plan du site de Cumes
Plan du site de Cumes

L’acropole de Cumes s’élevait à 80 mètres au-dessus de la mer, sur l’ultime ressaut de la région des Champs phlégréens, au bord d’une falaise de tuf abrupte qui la rendait quasiment inattaquable.

En contrebas de l’acropole, le secteur de l’antre de la Sibylle est en réalité une partie du rempart hellénistique de la ville. La nature de la roche volcanique très tendre a permis d’y creuser des galeries et des passages souterrains.

Enfin des vestiges de thermes et d’un forum d’époque romaine sont situés en contrebas, dans la ville proprement dite, à l’écart de l’acropole et de l’antre de la Sybille. Le plan ci-contre indique aussi que la Via Domitiana passait à Cumes : sa construction, à l’époque impériale, avait pour objectif la desserte du port militaire de Misène.

L’acropole

La zone sacrée conserve les vestiges de deux temples dédiés à Jupiter et Apollon. Ceux-ci révèlent surtout des structures d’époque romaine dont certaines parties, en briques, voisinent avec un appareil en opus reticulatum.

Le forum romain et les thermes

Les thermes et le forum, en contrebas de l’acropole

Le secteur appelé antre de la sybille

L’antre de la sybille est constitué d’une galerie orientée parallèlement au bord de la falaise qui semble avoir été une structure défensive protégeant l’entrée de l’acropole. Elle pourrait avoir été construite au IVe ou au IIIe siècle, période où les murailles de l’acropole furent renforcées.

Au premier siècle av. J.-C., le sol fut abaissé et une galerie couverte (Crypta romana sur le plan) fut creusée sous l’acropole, perpendiculairement à la galerie précédente. Il pourrait s’agir d’une partie des travaux ordonnés par Auguste et son amiral Agrippa pour renforcer militairement le secteur des Champs phlégréens. Cette galerie pourrait ainsi avoir relié la ville de Cumes au Portus Julius, base de la marine romaine avant que celle-ci s’installe au cap Misène.

Les sybilles, de l’Antiquité à la tradition chrétienne

Dans l’antiquité classique, une sibylle était une vierge douée de vertus prophétiques, inspirée par une divinité, généralement Apollon.

Contrairement à l’oracle de Delphes dont l’existence est attestée, aucun témoignage ne permet de croire à l’existence historique d’une sibylle qui aurait exercé une activité oraculaire à Cumes à quelque période que ce soit. Cependant, le monde antique a cru à l’existence d’une sibylle de Cumes.

La Sybille de Cumes
La Sybille de Cumes

La sybille de Cumes est une vieille femme. En effet, Ovide raconte dans les Métamorphoses qu’Apollon, épris de ses charmes, lui offrit de réaliser son vœu le plus cher en échange de ses faveurs. Elle lui demanda autant d’années de vie que sa main contenait de grains de sable mais elle oublia de demander de surcroît de conserver l’apparence de ses vingt ans. Comme elle se refusa finalement au dieu et que sa main contenait un millier de grains au moment de son vœu, Apollon l’exauça à la lettre, changeant ainsi le souhait en malédiction.

Reprises par la tradition chrétienne, les sibylles symbolisent alors la préparation de l’humanité antique à la révélation du Christ. On connaît bien la sybille de Cumes représentée sur la voûte de la Chapelle Sixtine. Le pavement de la cathédrale de Sienne compte plusieurs représentations de sybilles dont la sybille de Cumes (photo ci-contre).

En quittant le site : au loin, une imposante muraille

Notes

Ce logo est tiré du tableau « Enée et la sibylle de Cumes au lac Avernus » (1798) de J. W. Turner (Tate Britain).


Article mis à jour le samedi 21 janvier 2017