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Les débuts difficiles du corps des sapeurs-pompiers de Virignin

Bulletin municipal de février 1991
13 novembre 2006, par Raymond Vanbrugghe
 

Autrefois, les incendies étaient fréquents et dévastateurs. En 1882, celui du hameau de Mieugy, sur la commune d’Anglefort, laissa sans abri 27 familles composées de 108 personnes, chiffres cités dans une délibération du conseil municipal de Virignin qui vota pour la circonstance un secours de 50 francs en faveur des malheureux incendiés, en regrettant sincèrement de ne pouvoir faire mieux, vu les faibles ressources de la commune.

À cette date, Virignin disposait depuis environ 25 ans d’une pompe à incendie et, depuis une quinzaine d’années seulement, d’un corps de sapeurs-pompiers capables de s’en servir. La pompe était restée près de dix ans dans une remise. Que s’était-il passé ?

Début 1854, de graves incendies ravagent Pugieu et Artemare. Le 30 mars, le conseil municipal de Virignin vote un secours de 25 francs en faveur des victimes en exprimant tout son regret de ce que la position financière de la commune, dont toutes les ressources sont absorbées pour la construction d’une église, ne lui permette pas de témoigner d’une façon plus large et plus fructueuse sa sympathie pour les malheureux incendiés.

Les pompiers de Virignin {JPEG}
Ces incendies, ainsi que d’autres dont il sera question plus loin, ont attiré l’attention sur l’insuffisance des moyens de secours.

En effet, deux mois plus tard, le 4 juin 1854, le conseil municipal entend le maire exposer que les accidents occasionnés par les incendies qui se sont multipliées cette année ont fait connaître à l’administration de cette commune qu’une pompe à incendie était un objet de première nécessité.

Il ajoute que le conseil a voté dans le budget de 1855 une somme de 150 francs destinée à cette acquisition et que d’après un prospectus qu’il a reçu du sieur Déjey, ferblantier-mécanicien à Lyon, il est possible d’avoir pour 275 francs une pompe qui peut rendre de grands services en cas d’incendie, cette pompe pouvant lancer l’eau à 20 mètres de hauteur. Le maire espère obtenir au moyen d’une souscription la somme de 125 francs qui complèteront la somme nécessaire. Proposition approuvée.

Dans la foulée, le conseil vote, le même jour, le projet de formation d’une compagnie de pompiers, forte de 20 hommes, qui seront, à titre d’indemnité, dispensés des prestations en nature.

Ces délibérations n’eurent pas de suite immédiate.

En effet, l’année suivante, le 14 mars 1855, le maire expose au conseil que les désastres occasionnés par l’incendie, soit à Virignin en 1852, soit à Champtel et à Brens en 1854, ont démontré combien il était urgent d’avoir dans la commune une bonne pompe à incendie qui permette de porter de prompts secours et arrêter la progression du feu, ce qui malheureusement ne peut avoir lieu quand on est obligé d’aller chercher la pompe de Belley qui ne peut arriver que lorsque l’incendie a déjà fait beaucoup de victimes. Il indique qu’il dispose déjà des 150 francs obtenus par souscription en 1854, et qu’il en fait une nouvelle dont il espère 100 francs, auxquels il faut ajouter les 150 francs portés pour cette destination au budget 1855, plus un secours de 100 francs promis par le sous-préfet, soit 500 francs au total… et que ça ne sera pas suffisant.

La raison ? Il s’est informé en différentes villes et de toutes ces informations il résulte que, pour avoir une bonne pompe sur un char à deux roues, avec tous ses agrès, bien conditionnée, éprouvée et poinçonnée par l’ingénieur du bataillon des sapeurs-pompiers de Paris, pour être sûr de n’être point trompé, cette pompe reviendrait rendue à Belley, à 1050 francs avec la condition de payer à moitié comptant et le surplus en 1856 et 1857.

Le conseil approuve la dépense étalée sur trois ans, en comptant sur un secours supplémentaire de la sous-préfecture. Le projet, cette fois, a dû aboutir puisque, le 18 mai 1855, le sous-préfet transmet au maire un arrêté préfectoral autorisant la création d’une subdivision de compagnie de sapeurs-pompiers dont l’effectif est fixé à 28 hommes.

Les choses, pourtant, n’allèrent pas sans problèmes. En effet, sept ans plus tard, le 6 mai 1862, monsieur de Seyssel, maire, rappelle que la dissolution de la compagnie des pompiers est un fait qui a été signalé au conseil. L’absence de discipline, l’inexactitude des membres à remplir les engagements contractés nous ont fait un devoir de provoquer la réorganisation. Le conseil approuve le rachat, au frais de la commune, des prestations personnelles imposées à chacun des pompiers pour l’entretien des chemins vicinaux, soit par tête une somme de 4 francs 50, qui ne constituerait pour les membres qui se présentent pour composer cette compagnie qu’une dépense annuelle de 76 francs 50.

Le sous-lieutenant qui commande cette compagnie a demandé qu’il fût donné à chaque pompier un insigne apparent de sa condition, afin qu’ils ne soient point distraits de leurs fonctions et mis à la chaîne, ce qui s’est déjà présenté. Une bricole portant une plaque sur laquelle seraient inscrits les mots « Pompiers de Virignin » serait à la fois utile à la traction de la pompe et suffirait à les distinguer ; tout autre moyen, sans être utile, serait infiniment plus onéreux.

L’organisation de la nouvelle compagnie n’ayant pas encore été régularisée, le maire ne peut soumettre cette double proposition pour l’exercice 1863, mais il espère qu’il en sera autrement pour l’exercice suivant, car il serait bien regrettable de ne pas entretenir une pompe qui fait la sécurité des habitants, pompe que nous n’avons pu obtenir qu’au prix des plus grands sacrifices.

Un an plus tard, jour pour jour, le 6 mai 1863, le maire rappelle que la commune est dotée d’une pompe à incendie munie de tous les seaux nécessaires pour son service et de tous ses accessoires… que dès le début une compagnie de sapeurs-pompiers s’était formée mais que peu à peu la discipline, l’exactitude et le zèle ont fait défaut, si bien qu’aujourd’hui la compagnie est dissoute et la pompe, depuis plusieurs années enfermée dans le bâtiment qui lui est affecté, n’est ni soignée, ni exercée, ni mise en état.

Il rappelle la proposition faite l’année précédente de faire bénéficier les membres de la nouvelle compagnie d’une exemption au titre des prestations en nature. Cette proposition est adoptée, mais il n’est plus question de bricoles.

Cinq ans plus tard, le 15 novembre 1868, était promulgué un règlement de la compagnie des sapeurs-pompiers comportant notamment : Article 2 - L’uniforme est obligatoire ; il se compose d’une grande et d’une petite tenue ou tenue de manœuvres.

L’article 6 était ainsi rédigé : pour les incendies dans la commune, le signal d’alarme sera toujours la générale. Pour les sinistres des communes environnantes, les tambours et les clairons sonneront le rappel.

De ces débuts difficiles du corps des sapeurs-pompiers de Virignin, on retiendra qu’investir dans le matériel est une chose, motiver une équipe pour faire fonctionner ce matériel en est une autre, et ça n’est pas la plus facile.

Les sapeurs-pompiers de Virignin sont les héritiers et les dépositaires d’une longue tradition de service qui s’est forgée au fil des ans, dans les difficultés.

Difficultés matérielles souvent, difficultés psychologiques aussi parfois. Les chefs de corps qui se sont succédé, n’ont pas toujours eu la tâche facile. Mais la longue continuité dont nous pouvons maintenant nous réjouir est le signe qu’il s’est toujours trouvé à Virignin un homme capable de rassembler les bonnes volontés et de garantir cet esprit de corps qui est le plus solide fondement d’un édifice maintenant plus que séculaire.


Article mis à jour le 16 octobre 2017