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À propos des sièges de Pierre-Châtel en 1814 et 1815

Bulletin municipal de juillet 1995
17 octobre 2017, par Raymond Vanbrugghe
 

Les sièges de Pierre-Châtel en 1814 et 1815 ont fait l’objet d’un ouvrage intitulé Défense du fort de Pierre-Châtel en 1814 et 1815, par A. Garbé, chef d’escadron en retraite, Paris, Ledoyen 1844, ouvrage cité par Jean Létanche qui s’y réfère à plusieurs reprises dans une notice d’une centaine de pages intitulée La Chartreuse-Forteresse de Pierre-Châtel en Bugey, imprimée en 1909 chez F. Gentil à Chambéry.

Jusqu’ici, je n’ai pu mettre la main sur l’ouvrage de Garbé, qui, rappelons-le, commandait le fort en 1814 et 1815. D’autres citations du même titre figurent dans une autre publication retrouvée par mon ami Robert Moulin dans les archives paroissiales de Virignin mais, autre malchance, le livre en question est incomplet : il y manque la couverture et quelques pages du début et de la fin, donc pas de titre, pas de nom d’éditeur, pas de date de parution. L’auteur en est Alexandre Bérard, un ancien parlementaire de l’Ain, dont le nom apparaît en signature du dernier chapitre, avant les appendices. Le chapitre III est consacré à la défense de Pierre-Châtel en 1814 et le chapitre VI aux Cent Jours.

Charles Antoine Lambert Garbé était né le 17 septembre 1773, à Hesdin, chef-lieu de canton de l’arrondissement de Montreuil-sur-mer, dans le Pas-de-Calais.

À Hesdin, on cultive davantage le souvenir de son frère, Marie-Théodore Urbain Garbé, lieutenant-général des armées françaises, inspecteur général du génie, grand officier de la Légion d’honneur, chevalier de Saint-Louis et député de ce département, selon les termes de son acte de décès daté du 11 juillet 1831.

Cependant un portrait de notre Garbé est exposé en bonne place dans les locaux de l’hôtel de ville d’Hesdin et nous savons par son acte de décès daté du 7 octobre 1854, qu’il mourut vicomte, chef d’escadron en retraite et chevalier de la Légion d’honneur.

Son portrait a été reproduit en couverture de notre bulletin municipal de février 1993.

Le Journal de Montreuil du 25 mars 1923 a publié des lettres échangées entre Georges Vallée, ancien député du Pas-de-Calais parent du glorieux commandant Garbé et le général G. Quais, suite tardive à la publication par ce dernier, en avril 1914, dans Le Bugey de son article intitulé Le premier siège de Pierre-Châtel.

Je dois ces renseignements à M. Jean-Claude Debril, un Hesdinois qui a rassemblé une grosse liasse de papiers de famille provenant des Garbé et qui m’a fort aimablement autorisé à en prendre copie lors d’une visite que je lui ai rendue à Hesdin.

La lettre qui suit intéressera les Bugistes.

Garbé avait un fils, Charles Théodore, né à Paris le 1er août 1814. Avocat et journaliste, s’intéressant aux affaires et tenté par la politique (il sera préfet d’Oran), il a manifestement plus que son père le goût d’écrire et il semble avoir beaucoup fait pour mettre en forme et assurer la parution des mémoires du vieux soldat.

Il y a peu d’échanges de lettres entre le père et le fils, mais beaucoup entre Charles et sa mère. C’est une de ces missives que je reproduis. Elle est datée du 25 août 1842 à Nolay (Côte d’Or) où Madame Garbé, pour lors à Hesdin mais native de Dijon, avait une propriété de famille.

Chère maman,

J’ai trouvé ici en arrivant ta lettre qui m’avait devancé.

Je ne suis en effet parvenu à Nolay qu’hier. Depuis que je t’ai écrit de Bourg, j’ai été à Belley où je suis resté vendredi, samedi et dimanche. Lundi matin, j’ai pris le bateau à vapeur du Rhône et je suis allé coucher à Lyon, mardi celui de la Saône et j’ai été coucher à Chalon ; hier enfin dans la matinée je me suis rendu à Nolay.

Je suis exténué par la chaleur vraiment incroyable que j’ai eu à supporter depuis mon départ ; personne dans tous les pays que j’ai parcourus ne se rappelle en avoir vu une pareille. On est, comme tu le dis, dans un bain perpétuel. Les diligences ne sont pas supportables le jour. J’en ai pris une (celle de Mâcon à Bourg) où vers 4 ou 5 heures le cuir était tellement réchauffé par le soleil que l’on ne pouvait plus s’appuyer le dos ; il semblait qu’on s’adossait à un four. Paul et moi, nous avons été obligés de quitter l’intérieur où nous étouffions littéralement pour monter sur la bâche où nous étions grillés sans doute mais où, du moins, nous avions de l’air. J’ai éprouvé une sensation pénible sur le bateau du Rhône de Pierre-Châtel à Lyon et je suis arrivé démoli et rendu ; j’avais un mal de tête extrême. Heureusement j’ai eu l’idée en arrivant à Lyon d’aller me baigner dans le Rhône et le bain m’a remis immédiatement.

On m’a fait grand accueil à Belley, à cause de mon père. On est très désireux d’y lire la relation des sièges de Pierre-Châtel. Ch. Lenormant à qui je l’ai prêtée ainsi que sa femme [1] l’ont trouvée très bien faite et très intéressante, sauf quelques observations de détail dont j’ai fait mon profit, mais ils m’ont engagé ainsi que Falconnet à donner plus de développement que n’en donnait l’introduction à l’histoire antérieure de Pierre-Châtel et à sa description. C’était déjà mon idée, aussi j’ai complètement adopté leur avis. J’ai donc bien fait de ne pas faire tirer l’introduction qui devra être étendue et développée.
J’ai cherché des documents pour cet objet et ils m’ont été fournis avec empressement.

M. l’abbé Depéry, vicaire général du diocèse, qui s’est beaucoup occupé de recherches sur tout le pays, a mis avec empressement ses papiers et sa bibliothèque à ma disposition, et la relation de mon père, avec la manière dont je vais la compléter, formera un livre très intéressant et qui, je crois, se vendra dans le pays.
Ce travail nouveau en retardera seulement la publication, mais pas pour bien longtemps. Au surplus, quand je vous verrai, j’entrerai dans plus de détails avec mon père à ce sujet.

J’ai un peu brusqué mon voyage par le désir que j’avais d’être de retour ici. D’abord, au nombre des agréments de Nolay, je mettrai celui de pouvoir y dormir. Je viens de passer la première nuit de sommeil que j’ai eue depuis mon départ. Partout ailleurs des légions de punaises venaient s’abattre sur moi dès que j’étais au lit et, après une heure de sommeil agité, il fallait bien céder la place. Je me brossais bien la peau pour les faire tomber, puis j’allais m’asseoir près de la fenêtre et je passais ainsi ma nuit, sauf à dormir le jour en compensation de la privation nocturne, et il n’y a qu’à Belley où je n’ai pas eu ce désagrément, probablement parce que l’hôtel où j’étais est tout neuf et que les punaises n’ont pas encore eu le temps de s’y loger. Enfin je suis débarrassé de ces abominables insectes qui, à Chalon hier, m’avaient, pour trois quarts d’heure que j’ai eu l’imprudence de me coucher, fait enfler un œil gros comme le poing.

On voyage par cette route-ci avec un bon marché extraordinaire. Les diligences Laffitte et le Grand Bureau veulent faire tomber deux concurrences qui se sont élevées, et pour cela elles ont baissé leurs prix au delà de toute mesure. Il y a des jours où elles mènent à Paris pour dix francs. J’ai payé 36 francs dans une des concurrentes le mois dernier. Les Grandes Deligny en faisaient payer 60 et elles se proposent bien de rançonner de nouveau les voyageurs quand les concurrences seront détruites.

La lettre ne s’arrête pas là, mais la suite ne concerne que la famille.

[1Mme Lenormant, née Amélie Cyvoct, était la nièce de Mme Récamier, qui l’avait élevée.