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Pierres sises

Bulletin municipal de juillet 1997
20 octobre 2017, par Raymond Vanbrugghe
 

Les glaciations quaternaires sont le dernier phénomène important des temps géologiques. Élargissant nos vallées, polissant les falaises qui les bordent, creusant nos lacs, nos étangs et nos marais, mais aussi accumulant sur nos pentes leurs moraines formées de terres mélangées de graviers et de blocs parfois gigantesques, les glaciers ont profondément modifié nos reliefs. Ces dépôts glaciaires sont constitués de matériaux venus de loin, principalement des hautes montagnes alpines ; ils se distinguent par leur composition des sols formés sur place par érosion de nos roches calcaires.

L’importance des glaciations quaternaires se mesure au niveau atteint par les dépôts glaciaires au flanc de nos montagnes. Que ce soit sur les pentes du Mont du Chat, du Grand Colombier ou du Molard de Don, on trouve ces dépôts jusqu’à une altitude comprise entre 1100 et 1200 mètres. Ces trois sommets étaient donc seuls à émerger d’une mer de glace qui s’étendait sur tout le pays au plus fort de la glaciation.

C’est au cours de la seconde moitié du XIXe siècle que fut reconnue l’origine glaciaire de ces matériaux venus d’ailleurs, dont on reconnaissait, certes, la provenance lointaine, mais dont on attribuait le transport au déluge, d’où le nom de dépôts diluviens que leur donnaient les anciens géologues. Il y eut donc une période de compétition scientifique entre les tenants du diluvium et ceux de la nouvelle théorie glaciaire, qui imposèrent finalement leurs vues.

C’est dans le cadre de cette compétition que les partisans de la théorie glaciaire procédèrent, entre autres, à un inventaire général des blocs d’origine alpine dont la taille excluait qu’ils eussent pu être transportés autrement que pris dans la masse d’un glacier. Pour notre région, cette recherche fut menée par les géologues A. Faisan et E. Chantre, qui publièrent en 1879 leur monographie géologique des anciens glaciers et du terrain erratique de la partie moyenne du Bassin du Rhône.

J’emprunte à cet ouvrage monumental le passage suivant :

Virignin. À 400 mètres environ au sud du Château de Montarfier, dans une terre hautinée, j’ai découvert un bloc énorme de phillade noire satinée : hauteur 6 m ; longueur 9 m ; largeur 7 m.

Ce bloc est en partie enterré dans le terrain erratique à cailloux striés qui l’entoure. Par sa composition, il se rattache aux plus gros blocs que nous avons déjà cités, le Leva Naz de Culoz, ceux qui se trouvent au midi de Virieu et sur la montagne de Parves, ainsi que ceux que nous signalerons encore près de Belley. Malgré sa nature friable, ce gros bloc a conservé ses angles et ses arêtes et, sans être roulé, il est venu des Alpes. Comme un pointement de rocher, il s’élève au dessus du sol. Il est presque fendu en deux morceaux par une crevasse profonde, sur sa plate-forme croît un petit chêne et à sa base est creusée une petite grotte dans laquelle deux ou trois personnes pourraient s’abriter.

On le nomme la Grosse Pierre Bise. En Bugey, près de Belley, on désigne tous les blocs erratiques sous le nom de Pierres Bises.

A. Falsan

Les auteurs signalent d’autres pierres bises autour de Montarfier, Lassignieu, Le Revoiret et notent que plusieurs ont été exploitées à la mine pour des travaux de construction.

Telle était la situation en 1879.

Aujourd’hui, le cadastre de Virignin comporte un lieu-dit Pierres sises situé à 400 mètres environ au sud du Château de Montarfier. Au cadastre de 1835, le lieu était dit Pierre sise (au singulier).

Comment ne pas faire le rapprochement avec cette pierre suffisamment remarquable pour avoir eu un nom : la Grosse Pierre Bise ?