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Chènevières, routoirs, battoirs…

Bulletin municipal de Virignin de juillet 2001 p.26-27
12 mai 2019, par Pascal
 

Au cadastre, un seul lieu-dit, Côte Chenavaz, rappelle l’existence ancienne de cultures de chanvre à Virignin. Par contre, un très vieux texte concernant le territoire de la commune permet d’attester l’ancienneté de cette culture.

Le 13 février 1360 fut signé à Pignerol un acte de rectification de limites de juridiction entre Guillaume de Martel, évêque de Belley, d’une part, et le Comte de Savoie Amédée VI, dit le Comte Vert, d’autre part. Il s’agissait de l’aliénation au profit de l’évêque d’une partie de la Châtellenie de Pierre-Châtel, contre paiement de 3 800 florins d’or.

La délimitation de la nouvelle frontière, depuis Saint-Champ jusqu’à l’embouchure du Furans, se fit par désignation de points remarquables parmi lesquels, au nord du village, la Fontaine Saint-Sorlin, qui existe toujours.

De là, cette limite, après avoir traversé la plaine cultivée et passé près d’une saulaie appelée de la Larmissiery et près d’un lieu appelé de la Tieillery, rejoignait le Rhône et suivait sa rive jusqu’à l’embouchure du Furans.

Cette saulaie proche du Rhône et appelée de la Larmissiery fait penser à un trou d’eau qui figure au plan cadastral actuel sous le nom des Lavissières (erreur de copiste ?).

Quant à la Tieillery, elle renvoie au français moderne teiller ou tiller : « battre ou broyer une plante textile pour en briser les parties ligneuses » (Petit Larousse Illustré).

Par la suite, dans notre région, une telle installation de teillage utilisant la force motrice d’un moulin prit le nom de battoir, du vieux français batuor, moulin à fouler le drap. Un battoir d’huile et de chenesve est mentionné en 1584 à l’Etraz, hameau de Saint-Michel de Maurienne.

La statistique de département de l’Ain, publiée en 1808 [1], nous renseigne assez bien sur le sujet qui nous intéresse : On cultive le chanvre plus ou moins dans tout le département, mais ceux… des bords du Rhône sont d’une force et d’une longueur médiocre. L’usage de rouir le chanvre dans l’eau et surtout dans les rivières est à peu près général. Il se teille à la main. Dans quelques endroits on le fait passer au battoir avant de le teiller… Chaque ménage fait lui-même ou fait faire sa pièce de toile.

Il faut peut-être prendre avec réserve, comme trop générale, cette dernière affirmation ; il n’en demeure pas moins qu’à l’aube du XIXe siècle, toujours à en croire la statistique [1], parlant cette fois de l’industrie textile qui faisait vivre à l’époque la cluse de Saint-Rambert, on confectionnait en toile de chanvre des chemises militaires, des langes et chemises d’enfant, des doublures d’habillement, du linge d’hôpital, des chemises de femme, des petits draps de lit et même des draps de lit de maître.

Quelques années avant la parution da la statistique [1], le battoir de Virignin avait été la théâtre d’un drame, relaté comme suit par le maire de l’époque :

Le 23 nivôse an IX de la République Française (13 janvier 1801), par devant moi, Jacques Antoine Bernier, maire de la dite commune, est comparu à quatre heures après-midi, Guillaume, fils du défunt Jean Violet, cultivateur domicilié au Revoiret, hameau de la dite commune, âgé de 48 ans, lequel, assisté de Vincent Violet, son frère, âgé de 54 ans, et de Marin Violet, son parent, tous deux cultivateurs domiciliés au Revoiret, m’a déclaré que ce jourd’hui sur environ midy, Antoine Violet, son fils, âgé d’environ 16 ans, étant à rebattre du chanvre au battoir du citoyen Jean Brunet sur le Rhône, au lieu appelé port de Versailles et ayant cherché à abattre le guichet du canal qui sert à amener l’eau au dit battoir, a été enlevé par la force de l’eau et jeté dans la Rhône, et a disparu, ce qu’ont affirmé les assistants qui n’ont signé ni le déclarant pour être tous illitérés, de ce enquis.

Versailles est un lieu-dit situé entre l’embouchure de l’Ousson (aujourd’hui le canal de fuite de la centrale) et l’embouchure du Furans.

Quant à l’usage de rouir le chanvre à l’eau, dans des rouissoirs (dans la région, on disait des routoirs), elle avait l’inconvénient d’être extrêmement malodorante.

En témoigne cet arrêté du maire de Virignin comportant un article ainsi formulé : les routoirs agricoles ne seront jamais établis dans les abreuvoirs ou les lavoirs. Ceux qui seraient une cause d’insalubrité pour les habitants seront supprimés.

Cet arrêté était daté du 18 décembre 1903. Il y a moins de cent ans !

Le logo représente une machine à broyer le chanvre et le lin en1867. - Extrait de l’Almanach du vieux Dauphinois 1987

[1Statistique générale de la France publiée par ordre de S.M. l’empereur et roi… Département de l’Ain M. Bossi, préfet Paris 1808.


Article mis à jour le 20 mai 2019