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Le Rhône insolite

Bulletin municipal de février 2000
20 octobre 2017, par Raymond Vanbrugghe
 

Habitant sous Génissiat, et pratiquement au niveau du Rhône pour la plupart, nous ne pouvons que dresser l’oreille aux histoires de rupture de barrage.

En voici une, véridique, qui nous fut contée par Grégoire de Tours (538-594) dans son Historia Francorum (Histoire des Francs).

De son vivant, donc, une ville du nom de Tauredunum, située sur une montagne dominant le Rhône, s’est séparée du reste de la montagne et s’est effondrée dans le fleuve avec ses habitants, ses églises et ses maisons. Le site étant étroitement encaissé, les matériaux effondrés formèrent barrage et les eaux s’amoncelèrent en amont, où elles détruisirent les biens et les animaux jusqu’au jour où, le barrage cédant, une subite inondation ravagea les rives jusqu’à Genève.

Sur ce seul texte, que nous avons fortement résumé, il n’était pas facile de situer Tauredunum, ville rayée de la carte par le cataclysme.

C’est ainsi qu’Alphonse Martelain, qui en parle brièvement dans son ouvrage sur Laqnieu et sa région, se demande si cette catastrophe ne se serait pas produite non loin de chez nous, dans le défilé dominé aujourd’hui par Fort l’Écluse.

Cependant, un autre chroniqueur, Marius d’Avenche, contemporain de Grégoire de Tours, a heureusement décrit les mêmes faits avec davantage de précision. Datant l’événement de l’année 563, il le situe in territorio Vallensi (dans le Valais), donc en amont du Léman. Il précise que le lac formé par le barrage avait 60 milles en longueur et 20 milles en largeur, dimensions à coup sûr considérables, mais qu’il serait hasardeux de chiffrer en kilomètres.

Quoi qu’il en soit, lorsque le barrage se rompit, le flot, écrit-il, envahit Genève, où les dégâts furent considérables et les victimes nombreuses.

Le Rhône se jetant dans le Léman à un bout et Genève étant à l’autre bout, on imagine le raz-de-marée qui déferla sur les 70 kilomètres de longueur du lac avant d’atteindre les remparts de Genève.

Quel fut l’effet sur notre Rhône bugiste ? On peut penser que la secousse, bien que sérieusement amortie par la traversée du Léman, fut quand même cruellement ressentie chez nous et au-delà.

Le fait qu’en cette époque d’écrits rares, deux chroniqueurs nous aient laissé une relation des faits montre assez le retentissement que l’événement dut avoir dans tout le pays des Francs.

Autres chroniques concernant le Rhône, celles, météorologiques, des curés de Saint-Blaise : Le quatorzième jour de février 1684, dans 1’éqlise de La Balme, a été baptisé Catherine. Pour aller faire ledit baptême, j’ai passé à pieds secs sur la glace du Rhône, vis-à-vis le cimetière de ladite Balme, qui aurait été suffisante pour porter un canon, chose qui na jamais été entendue depuis un siècle. Que le Seigneur ait pitié de nous .

Trois jours plus tard, le dix-septième février 1684, a été baptisé Claude. Ce jour d’huy, environ dix heures avant midi, le dégel de la glace du Rhône ci-dessus dite a été si épouvantable que la glace étant arrêtée vers les rochers près de Saint-Didier a fait retourner l’eau et les dites glaces jusque dans la ville de Yenne et que j’ai cru qu’étaient venus les signes qui doivent annoncer la fin des temps. C’était signé : J. C. Rubat, archiprêtre.

Un siècle plus tard, le curé A. Solland clôt le registre paroissial de 1788 : Observations : l’on a passé le Rhône à pieds secs, c’est à dire sur la glace pendant seize jours consécutifs, savoir les deux derniers jours de 1788 et quatorze jours du mois de janvier 1789.


Article mis à jour le 3 novembre 2017