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Île de Pâques : les statues

Des moaïs au culte de l’Homme-oiseau

30 juin 2016, par Madeleine, Pascal

La date du début du peuplement de l’île de Pâques par des Polynésiens n’est pas déterminée avec précision, les dates proposées oscillant entre 400 et 1200.

Reproduction d’une carte de navigation polynésienne
Reproduction d’une carte de navigation polynésienne
Sur cette carte stellaire, les points (...)

On sait peu de choses des traditions des Haumakas qui furent les premiers habitants de l’île, si ce n’est qu’ils arrivèrent de l’ouest : issus, selon la tradition orale, de Hiva aux Marquises, ils franchirent alors, grâce à leur science de la navigation aux étoiles, plusieurs milliers de kilomètres sans escale, navigant sur des embarcations qui transportaient jusqu’à deux cents personnes.

En effet, les Haumakas furent capturés à partir de 1862 par les marchands d’esclaves péruviens et rapidement remplacés par des Polynésiens évangélisés, amenés de Rapa par des planteurs vers 1865. Ceci fit disparaître toute trace des anciens cultes, ainsi que la plupart des souvenirs de la civilisation des Haumakas. Quelques éléments furent cependant collectés de manière orale par les missionnaires et ethnologues en contact avec les Haumakas survivants.

Les traditions autochtones : des moaïs au culte de l’Homme-oiseau

Ahus et moaïs

Dans la langue pascuane, le terme moaî désigne en fait toute sculpture, humaine ou animale, en pierre ou en bois. Mais son emploi fait le plus souvent référence aux célèbres statues monumentales en pierre.

Les premiers habitants de l’île, les Haumakas, avaient réussi à construire, à partir de ressources assez limitées, une société adaptée à leur environnement. Ils avaient édifié des plateformes cérémonielles, les ahus parmi lesquelles certaines portaient des statues monumentales, les moaïs. L’île compte 313 ahus dont seulement 125 possèdent un ou des moaïs.

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Moaï sur un des ahus d’Hanga Kio’e

On dénombre 688 moaïs sur l’île dont 275 sont toujours dans la carrière de Rano Raraku. On estime qu’is ont été sculptés entre 1100 et 1680. Les moaïs sont parfois regroupés en alignements dont le plus long compte quinze statues. Constitués de tufs volcaniques jaunes ou bruns issus de la carrière de Rano Raraku, les moaïs sont hauts de deux à dix mètres. Le plus grand d’entre eux, Moaï Te Paro, couché sur le site d’Ahu Tu’u Paro, pèse 80 tonnes.

Certains moaïs portent une coiffe ou pukao faite d’un tuf de couleur rouge extrait d’une carrière qui se trouve à Puna Pau. D’une hauteur d’un à deux mètres et d’un diamètre de deux à trois mètres, les pukaos peuvent peser jusqu’à 12 tonnes.

Une fois érigées, certaines des statues étaient ornées d’yeux qui ont disparu : une seule statue conserve aujourd’hui ses yeux.

Les silhouettes des statues sont très érodées mais on distingue sur certaines d’entre elles des bras voire des mains et on sait que certains moaïs portaient des gravures semblables à des tatouages.

Les statues des plateformes cérémonielles situées en bord de mer regardent systématiquement vers l’intérieur des terres, ce qui suggère qu’elles ont incarné des ancêtres mythiques protecteurs des divers clans établis sur l’île. Cette hypothèse est renforcée par le fait que les plateformes sur lesquelles étaient dressés ces moaïs recélaient souvent des chambres funéraires où étaient entreposés les ossements des ancêtres du clan.
Cependant, les sites d’Ahu A Urenga et Ahu Akivi (en particulier) présentent des plateformes éloignées du rivage et dont les idoles regardent vers la mer.

Tous les ahus étaient et demeurent l’objet d’un tabou : on ne les pétine pas et on respecte les morts qui protègent le clan.

Le culte de l’Homme-oiseau

Dans les années 1500 à 1600, l’île semble avoir connu une crise environnementale (déforestation liée à la surpopulation ?) qui aboutit à une crise sociale, associée à des luttes tribales évoquées dans les traditions orales. À l’issue de cette crise, les traditions religieuses changèrent, vraisemblablement au XVIIIe siècle. La construction des statues et des plateformes cérémonielles cessa et les moaïs furent renversés.

Un nouveau culte se développa, celui de Make-make, le dieu principal : celui-ci serait arrivé sur l’îlôt Motu-Nui en y apportant un œuf qui donna vie aux humains. Ce culte était associé à la désignation chaque année de l’Homme oiseau ou Tangata manu, un homme qui était, pour un an, l’arbitre des conflits entre les clans de l’île. Le dernier rituel de désignation de l’Homme-oiseau eut lieu en 1867.

Les divers sites de l’île

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L’île volcanique de Pâques est un espace de forme triangulaire, mesurant 27 kilomètres dans sa plus grande dimension. Elle se développe entre trois volcans associés à des lacs de cratère ou rano :

  • le volcan Maunga Terevaka, point culminant de l’île (507 mètres), au nord-ouest ;
  • au nord-est, le volcan Poike et le volcan voisin Rano Raraku, site de la carrière où étaient fabriqués les moaïs ;
  • le volcan et le lac de cratère Rano Kau, au sud-ouest, à proximité des hautes falaises d’Orongo et de l’îlôt Moto Nui où se pratiquait la compétition qui devait chaque année désigner l’Homme-oiseau.

Les statues moaïs et les plateformes cérémonielles ahus sont essentiellement répartis le long des rivages de l’île, à l’exception de quelques sites qui se trouvent à l’intérieur des terres.

On trouve des maisons dans le secteur d’Orongo et des traces d’habitat à proximité de nombreux ahus et dans diverses cavernes parmi lesquelles celles d’Ana Te Pahu.

Vaihu - Ahu Hanga Te’e

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Vaihu, en bordure d’une crique : à l’horizon, les moaïs renversés

Le secteur de Vaihu, qui porte l’ahu Hanga Te’e, se trouve sur la côte sud de l’île. Il témoigne d’une période où les moaïs furent renversés, peut-être suite à des luttes entre clans. Certaines de leurs coiffes ou pukaos roulèrent à cette occasion jusqu’à la plage. Face à la plateforme ou ahu, une zone circulaire délimitée par des pierres ou paina correspond à un espace où se déroulaient vraisemblablement des rituels spécifiques. La petite baie qui borde le site est un lieu de pêche traditionnel toujours utilisé.

Ahu Akahanga

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Ahu Akahanga, une plateforme cérémonielle où, à nouveau, les statues sont renversées.

Un peu plus loin vers l’est, Akahanga est l’un des multiples sites qui jalonnent la côte sud de l’île. Il révèle, à l’arrière d’un ahu situé sur le rivage, des vestiges d’habitation et des espaces protégés du vent par des pierres ; ces derniers étaient réservés à des plantations fragiles ou à l’entretien du feu.

Ahu Tongariki

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Ahu Tongariki, une immense plateforme cérémonielle : à l’arrière-plan, le volcan Poike qui se situe à l’extrémité nord-est de l’île.

Ahu Tongariki est la plus vaste des plates-formes de l’île. Ses statues furent renversées à l’époque des luttes entre clans et le site fut de surcroît ravagé par un tsunami en 1960. L’état actuel résulte donc d’une reconstitution datant de 1990. Le site se trouve seulement à un kilomètre de la carrière de Rano Raraku.
On y dénombre aujourd’hui quinze moaïs, dont l’un a retrouvé sa coiffe et un autre, beaucoup plus haut que les autres est l’un des plus grands et plus lourds de l’île.

Rano Raraku, la carrière des moaïs

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Vue d’ensemble de la falaise où se trouve la carrière d’extraction des moaïs

Les corps des moaïs ont été façonnés dans la roche du volcan Rano Raraku. Ce matériau est composé d’un tuf de cendres volcaniques compactées et de petits morceaux de basalte. Relativement tendre, il se prête parfaitement au travail de la pierre. La contrepartie est une relative sensibilité à l’érosion qui fait que les gravures qui ornaient le corps des moaïs ont, pour la plupart, disparu.



Te Pito Kura : Ahu Tu’u Paro

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Le site de Te Pito Kura

La site Te Pito Kura se trouve sur la côte nord de l’île, à six kilomètres environ de la carrière de Rano Raraku. Le moaï Te Paro, d’une dizaine de mètres de hauteur, git sur la plate-forme Ahu Tu’u Paro.
C’est le plus haut moaï jamais érigé sur l’île. Aujourd’hui renversé, il mesurait, pukao compris, douze mètres de haut pour un poids de 80 tonnes. D’après des estimations scientifiques, il aurait fallu un an et trente hommes pour le sculpter, deux mois et 90 hommes pour le déplacer depuis la carrière, cinq mois et 90 hommes pour l’ériger sur sa plate-forme.
À proximité se trouve une pierre de forme sphérique objet d’une vénération particulière en raison de ses propriétés magnétiques.

Anakena : ahu Nau Nau et ahu Ature Huki

Au nord de l’île, Anakena est le seul site qui permettait un accès à l’île depuis la mer. C’est par sa plage de sable blanc qu’aurait débarqué le premier roi de l’île, Hotu Matua. Ce lieu est ainsi le berceau de l’histoire de l’île et son occupation est datée de l’an 1200.

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La plage d’Anakena

La plage est dominée par l’ahu Nau Nau et son alignement de moaîs coiffés du pukao. À proximité se trouve l’ahu Ature Huki qui porte un unique moaï. Ces deux ahus ont fait l’objet d’une restauration.


Vinapu : ahu Tahira et ahu Vinapu

Le complexe de Vinapu est situé à l’extrémité sud de la côte orientale de l’île.

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Le site de Vinapu ; au premier plan, un "pukao" et, à l’horizon, le volcan Poike.

L’ensemble de Vinapu possède deux ahus, Ahu Vinapu et Ahu Tahira dont les statues furent toutes renversées entre le XVIIIe et le XIXe siècles.

La plateforme de l’ahu Tahira est réalisée avec des pierres très soigneusement appareillées de manière jointive. Cette réalisation fait penser à la technique inca ; elle a pu faire croire à certains que l’île avait été peuplée à partir de la côte de l’Amérique du sud ou au moins que les habitants avaient eu des contacts avec les Incas. Cette plateforme possède de surcroît une orientation remarquable sur le plan astronomique.


Orongo

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L’îlôt de Moto Nui au pied des falaises d’Orongo

Ce site, proche du volcan Rano Kao, est celui où on honorait la divinité Make-make et où se déroulait la cérémonie de désignation de l’Homme-oiseau. Le site fut occupé au XIXe siècle, après le renversement des moaïs. Il se trouve face à trois îlôts dont le plus grand est Moto Nui.

À proximité se trouvent les habitations qu’occupaient les divers clans en compétition lors des cérémonies de désignation de l’Homme-oiseau. On en a dénombré 47, sur une longueur de plusieurs centaines de mètres.

C’est du site d’Orongo que provient le moaï Hoa Hakananai’a conservé au British museum. Au moment où il fut prélevé, en 1868, il était dressé face au cratère du volcan Rano Kao et tournait le dos à la mer.

Ce secteur est également riche en pétroglyphes essentiellement situés dans les falaises qui font face aux îlôts. Certains d’entre eux se trouvent cependant sur le site.

La tradition de désignation de l’Homme-oiseau, déjà observée par les navigateurs, a été recueillie par l’ethnologue Alfred Métraux en 1934 :

Le dieu Make-make, représenté comme un homme avec une tête de sterne, arriva sur l’îlot Motu Nui et apporta un œuf : celui-ci donna vie aux humains. Cet élément appartient d’ailleurs à la cosmogonie polynésienne selon laquelle le genre humain proviendrait d’œufs pondus par des oiseaux ayant copulé avec des poissons après la formation de la mer et l’émergence des premières terres, à partir du chaos primordial.

Lors du rituel honorant Make-make, la population de l’île se réunissait sur le site d’Orongo. Les Hopu, représentants de chaque clan, sautaient à la mer depuis la falaise et nageaient à l’aide d’une gerbe de roseaux (totora) jusqu’à l’îlot Motu Nui où chaque hopu se postait auprès d’un nid de sterne. La volonté de Make-make se manifestait par l’ordre de ponte des œufs : le hopu qui, le premier, voyait pondre la femelle qu’il avait choisie, devait ramener l’œuf au roi de l’île. Cet unique œuf recueilli, tout le monde rentrait sans conflits dans son village. Make-make désignait ainsi parmi les Hopu le Tangata manu c’est-à-dire l’Homme oiseau qui était, pour un an, l’arbitre des conflits entre clans sur l’île. À ce titre, il était neutre et sacré.

Ahu Uri A Urenga

Cet ahu situé aux portes d’Hanga Roa, vers l’est, comporte une seule idole, dressée au milieu des terres. Cette plateforme située loin du rivage pourrait avoir eu une importance topographique ou astronomique.

Sur le site se trouvent aussi de petites constructions de pierre présentées comme des poulaillers.

La carrière de Puna Pau

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À l’entrée du site de Puna Pau, une première zone archéologique

La carrière de Puna Pau, se situe à portée de vue d’Hanga Roa. C’est là qu’étaient extraits les gigantesques chapeaux de tuf volcanique rouge qui ornaient la tête de certains moaïs.

Certaines pierres de la zone archéologique portent des pétroglyphes.

Ahu Akivi

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La plateforme d’Ahu Akivi

L’ahu Akivi est situé à l’intérieur de l’île et compte sept moaïs qui, exceptionnellement, regardent vers la mer. Ils pourraient représenter les sept éclaireurs envoyés sur l’île par le roi Hotu Matua, attendant l’arrivée de leurs congénères.

Ana Te Pahu

Le secteur d’Ana Te Pahu correspond à un ensemble souterrain situé en retrait de la côte à proximité d’Ahu Akivi. Un très long canal ménagé dans la lave fut habité par des Rapa Nuis jusque vers 1970, date à laquelle la population autochtone obtint enfin du Chili la citoyenneté chilienne, après avoir été parquée pendant des dizaines d’années dans des cabanes d’un quartier d’Hanga Roa ou contrainte de se réfugier dans de semblables abris sous grotte.

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L’abri se trouve sous le plateau par lequel on accède au site


Le secteur d’Ahu Tahai

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L’ensemble d’Ahu Tahai et, à gauche, la baie d’Hanga Roa

Le complexe d’Ahu Tahai se situe juste au nord d’Hanga Roa. Restauré en 1974, il compte trois ahus :

  • Ahu Ko Te Riku, avec son moaï coiffé d’un pukao, à droite sur la photo ci-dessus,
  • Ahu Tahai proprement dit, avec son alignement de cinq moaïs,
  • Ahu Vai Ure, un peu en retrait du rivage. Il apparaît à gauche et en avant de la plateforme précédente, sur la photo.

Hanga Kio’e

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À gauche du promontoire, sur le rivage, deux ahus dont l’un porte un moaï très érodé. Au centre, un poulailler de pierres.

À quelque distance du complexe de Tahai, face à la baie d’Hanga Kio’e, se trouvent deux ahus restaurés en 1972.


Article mis à jour le lundi 23 janvier 2017