Le site de Madeleine et Pascal

Le temple de Dakka

Le sanctuaire d’un roi de Méroé, agrandi aux époques ptolémaïque et romaine

15 janvier 2021, par Madeleine, Pascal

Le temple de Dakka a été transporté à une cinquantaine de kilomètres au sud de son emplacement d’origine et se trouve aujourd’hui sur le site de la Nouvelle Seboua où il voisine avec le grand temple d’Amon de Ouadi es-Seboua et le temple de Maharraqa. Son histoire est liée aux périodes tardives de l’histoire de l’Égypte.

Au IIIe siècle av. J.-C., sous le règne de Ptolémée II, un jeune roi de Méroé du nom d’Ergamène, en proie à des conflits avec le clergé de son pays, s’enfuit vers le nord dans le pays de Ouaouat (nom égyptien de la Basse Nubie). Il y établit un royaume éphémère entre Maharraqa, à 120 kilomètres au sud d’Assouan, et la Première cataracte.

Ce royaume avait pour capitale Dakka, cité qui se trouvait un peu au nord de Maharraqa. Ergamène édifia à Dakka un sanctuaire, sur l’emplacement d’une ancienne fondation de Thoutmôsis III. Le temple était consacré au dieu Thot de Pnoubs (du nom d’une ville de Basse Nubie), Maître de l’Inondation.

Les temples de Dakka, au centre, et de Maharraqa, en contrebas à gauche - Zoom depuis le lac Nasser

La façade du temple est, inhabituellement, orientée vers le nord. Elle regarde ainsi vers le grand pylône de Philæ, lequel est tourné vers le sud. Cette orientation est liée à l’importance du territoire situé entre ces deux temples. En effet, la région située entre Philæ et Dakka contrôlait l’accès à des carrières et mines d’or du désert oriental. Elle fut donc convoitée à toutes les époques et Ptolémée IV décida plus particulièrement que ce territoire serait propriété du temple de Philae. Les souverains lagides ajoutèrent alors un pronaos précédant la cour à ciel ouvert du sanctuaire d’Ergamène.

Quelque deux cents ans plus tard, dès le début de l’époque romaine, la région fut occupée par les légions impériales et la frontière méridionale de l’empire fut fixée à Maharraqa. L’empereur Auguste fit alors prolonger le sanctuaire d’Ergamène par un autre sanctuaire et édifier, devant le pronaos des Ptolémée, un pylône qui semble aujourd’hui démesuré par rapport aux vestiges qu’on découvre : le mur d’enceinte du temple et celui de la cour qui faisait suite au pylône ont en effet complètement disparu.


  • Du grand temple d’Amon aux temples de Dakka et (...)
  • Arrivée au temple de Dakka

Le pylône romain

Au premier plan, le pylône d’Auguste

Le pylône, quoique tardif, a été édifié en conformité avec les canons de l’architecture égyptienne du Nouvel Empire. Les rares décors sont très dégradés et on remarque surtout les inscriptions en écriture grecque.

  • On retrouve la corniche à gorge égyptienne, les (...)
  • Au-delà du passage, aperçu vers la cour et le (...)
  • Inscriptions en grec sur la façade
  • Inscriptions en grec sous le passage

Le pronaos des Ptolémée

La façade du pronaos rythmée par deux colonnes entre deux piliers

Le pronaos fut ajouté au sanctuaire d’Ergamène à la période ptolémaïque. La présence d’un mur d’entrecolonnement reliant les colonnes et les piliers de la façade est caractéristique des temples d’époque gréco-romaine.

  • Le muret du premier plan matérialise la limite (...)
  • Détail des colonnes et de l’architrave de la (...)
  • Chapiteau ptolémaïque
  • Une scène de la façade : le roi fait une (...)
  • Sous la scène précédente : les dieux Nil, à (...)

Le décor intérieur du pronaos date cependant, pour partie, de l’époque romaine. C’est le cas de la scène ci-dessous, de style assez grossier, où on remarquera en particulier les membres, plutôt massifs, des personnages.

Le roi fait une offrande à Thot d’Hermopolis, Thot de Pnoubs et Tefnout


  • Cartouches au-dessus d’un petit dieu Heh
    Ces cartouches, utilisés à l’époque romaine, ne (...)
  • Thot d’Hermopolis, à tête d’ibis
  • Thot de Pnoubs
  • Tefnout à tête de lionne

  • La sortie vers la cour du sanctuaire d’Ergamène
  • Le plafond, au-dessus de la porte précédente
  • Du pronaos, vue vers la cour d’Ergamène

La cour du sanctuaire d’Ergamène

  • Dans la cour, en regardant vers le pronaos : (...)
    Cette porte résulte de l’agrandissement, à (...)
  • Décor du linteau et de la corniche
  • Décor de la porte précédente : le roi fait une (...)
    La scène a été coupée par l’agrandissement de la (...)

  • Face à la porte précédente, l’entrée vers le (...)
    Le décor de la façade du sanctuaire date (...)
  • Les montants de la porte conduisant vers le (...)
    La scène du bas représente le roi Ergamène (...)
  • Début de la scène précédente : le roi Ergamène

Le sanctuaire d’Ergamène

Le sanctuaire est remarquable par la finesse de ses décors.

Danns le sanctuaire : le mur oriental
À gauche, l’accès à une toute petite salle annexe, d’époque romaine


À gauche, Ergaméne (hors champ) fait une offrande à Chou et Sekhmet. À droite, il encense des divinités hors champ.


Le roi Ergamène fait une offrande à Harpocrate

Harpocrate est le nom donné par les Grecs à Harsiésis, fils posthume d’Isis et Osiris. On le reconnaît à sa longue boucle de cheveux et au fait qu’il porte un doigt à sa bouche.

La petite chapelle romaine et la légende de la Déesse lointaine

(La petite chapelle romaine)
La petite chapelle romaine

On voit, dans une petite annexe du sanctuaire d’Ergamène édifiée à l’époque romaine, un décor gravé figurant une lionne et un babouin. Il s’agit de Tefnout et Thot.

(Tefnout et Thot)
Tefnout et Thot

Selon le mythe, la Déesse lointaine est une lionne incarnant à la fois l’ardeur du soleil d’été et la douceur du soleil hivernal. Elle personnifie Tefnout mais aussi Sekhmet qui abandonne son père Rê pour fuir dans le désert oriental de Nubie où elle donne libre cours à sa férocité. Rê qui a besoin de son ardeur guerrière, envoie alors Onouris, Shou et Thot pour la faire revenir. Elle accepte de rentrer mais Thot l’apaise avant qu’elle n’entre en Égypte : il verse du vin dans les eaux de la Première cataracte. La déesse pense qu’il s’agit de sang, s’en abreuve, s’enivre et se calme.

Cette légende renvoie à l’inondation du Nil dont les eaux tumultueuses et rougies par la terre ferrugineuse de Nubie se calment à leur entrée en Égypte avant de répandre leurs bienfaits sur le pays.

La lionne en colère, métaphore de la crue du Nil, entrait ainsi, au nord de Dakka, dans un périmètre contrôlé par les pharaons. Le dieu Thot, Maître de l’inondation et métaphore du roi, la ramenait à la raison en la faisant entrer sur ses terres.

Le sanctuaire romain

Le sanctuaire romain se trouve, dans l’axe du temple, au-delà du sanctuaire d’Ergamène.
Derrière le naos, le mur du fond du sanctuaire romain a été percé d’une porte qui a entamé les décors, nettement plus grossiers que ceux du sanctuaire d’Ergamène.

  • Scènes situées à gauche de l’ouverture du mur du (...)
  • À gauche, une scène coupée par l’ouverture dans (...)
    À droite, le roi offre de l’encens à une (...)
  • À la base des murs, une frise de dieux (...)
  • Le roi offre de l’onguent à Thot de Pnoubs et (...)

Notes

Le logo représente un des chapiteaux composites du temples de Dakka.


Article mis à jour le dimanche 31 janvier 2021