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Deir el-Medineh, la Vallée des Artisans

Trois tombes d’artisans et un petit temple ptolémaïque

12 novembre 2020, par Madeleine, Pascal

Deir el-Medineh est le nom arabe d’un village où résidait la confrérie des artisans chargés de construire les tombeaux et les temples funéraires des pharaons et de leurs proches durant le Nouvel Empire.

Son nom antique peut se traduire par La Place de vérité à l’occident de Thèbes tandis que le nom arabe, Deir el-Médineh, signifie Le couvent de la ville. En effet, à l’époque de la conquête de l’Égypte par les Arabes, le temple du village avait été converti en monastère chrétien depuis le Ve siècle.

Arrivée à Deir el-Medineh : un mur d’enceinte nous cache le village

Les ouvriers et artisans qui habitaient à Deir el-Medineh étaient chargés du creusement et de la décoration des tombes de la Vallée des Rois et de la Vallée des Reines. Ils résidaient dans un village dont ils ne pouvaient sortir puisqu’ils détenaient, de par leur travail, des secrets qui ne devaient pas être divulgués concernant la localisation des tombeaux et leur contenu.

Le village, vu des hauteurs qui le dominent

Dans les collines qui entourent le village de Deir el-Médineh, les tombes sont celles des artisans qui vivaient là. À proximité immédiate de leurs habitations, ils ont construit leurs propres tombes, relativement modestes si on les compare aux tombeaux royaux.

Un tombeau, tout près du village

La tombe de Sennedjem

Sennedjem était un maçon. Il vécut sous le règne de Séthi Ier et mourut vers l’an II du règne de Ramsès II (XIXe dynastie). Ce n’était donc pas un personnage de haut rang mais il était certainement très qualifié dans le creusement des tombes. Il a pu se faire aider par d’autres artisans pour le programme iconographique très élaboré et la décoration de sa tombe.

Sennedjem a partagé sa maison d’éternité avec sa femme, leurs enfants et petits-enfants. Ils y ont reposé pendant plus de trois millénaires puisque la tombe fut découverte inviolée, en 1886 et ouverte vers 1920. Elle contenait vingt momies dont neuf dans de très beaux sarcophages.

Le caveau proprement dit se situe à plus de huit mètres sous la surface de la cour, dans une pièce voûtée rectangulaire mesurant environ 5 mètres de long et 2,60 mètres de large.

La partie supérieure du mur le plus proche de l’entrée du caveau

Sur la photo précédente, la barque solaire vogue, entourée de deux grands singes cynocéphales. Un dieu solaire à tête de faucon est assis au centre de la barque, la tête surmontée d’un disque solaire entouré d’un uraeus. Il tient une croix de vie. Le texte le désigne du nom de Rê-Horakhty-Atoum, maître des Deux-Terres, Khépri évoquant ainsi les différentes phases de la vie solaire : l’astre naît à l’est sous forme du scarabée Khépri, il est Rê-Horakhty au zénith et c’est en Atoum qu’il se couche à l’ouest. Atoum relance alors le cycle pendant la nuit, séjour nocturne de l’astre dans un monde souterrain qui est à l’image de l’au-delà où le défunt renaîtra.

La photo qui suit représente la partie inférieure du même mur. Au registre supérieur, les époux font face aux dieux assis. Avant de pouvoir être jugé, Sennedjem doit montrer qu’il les connait en les nommant. Les registres inférieurs à caractère champêtre illustrent l’arrivée des défunts dans les Champs d’Ialou, un endroit de l’au-delà où parviennent les morts qui ont franchi toutes les étapes. Tous deux sont en train d’y moissonner et d’y labourer dans leurs habits de fête.

Scènes dans l’au-delà

Les photos suivantes sont des scènes ou parties de scènes figurant sur les parois latérales du caveau.

  • Sous une tente, la momie du défunt est étendue (...)
    Anubis lui réchauffe le cœur pour le ramener à (...)
  • L’oiseau Bénou qui représente l’âme – le bâ – de (...)
    Derrière eux, cinq personnages à la barbe (...)
  • Sennedjem et son épouse, parvenus dans (...)
    En costume de fête, un cône d’onguent sur la (...)

  • Sous deux yeux oudjat, Osiris, les mains et (...)
    Osiris est coiffé de l’atef, une mitre à (...)
  • Cette vue fait partie de la scène précédente : (...)
    Sur la table d’offrande, des pains, des (...)
  • Sous le texte du Livre des Morts, Anubis (...)

Enfin, ci-dessous sur le mur du fond, deux chacals représentant Anubis sont allongés sur une représentation de la tombe. Ils protègent les portes de l’au-delà sous le regard bénéfique de deux yeux oudjat.

Au fond de la tombe, deux représentations d’Anubis cravaté de rouge

La tombe d’Inherkha

Inherkha vécut sous les règnes de Ramsès III et Ramsès IV. Désigné comme Serviteur du Maître du Double Pays dans la Place de Vérité, il était le chef des ouvriers qui œuvraient dans les tombes royales.

Son tombeau, caractéristique de la XXe dynastie, est illustrée de scènes du Livre des Morts et du Livre des Portes ainsi que de diverses représentations du monde souterrain.

Décor d’un plafond voûté

La photo ci-dessus est prise en descendant vers le caveau. On distingue, entre les spirales dorées, la tête d’un bovidé. On y reconnaît plus particulièrement le taureau Apis au fait que sa tête, surmontée du disque solaire, présente les signes caractéristique de la divinité : un pelage noir et une touffe de poils blancs en forme de triangle pointe en bas sur le front.

  • Le défunt salue son bâ qui est perché sur la (...)
    Le bâ est une forme immatérielle de l’être (...)
  • À gauche, Inherkha adore l’oiseau Bénou, un (...)
    Identifié à la fois à Osiris et à Rê, l’oiseau (...)
  • Une représentation du Livre des Morts : le (...)
    Apophis, personnification du chaos, du mal et (...)
  • Accompagné de son épouse, Inherkha écoute un (...)
    Inherkha tient le sceptre sekhem réservé aux (...)
  • Inherkha et son épouse reçoivent en offrandes (...)
    Au premier plan, des enfants en bas âge, (...)

Ci-dessous, le soleil levant apparaît entre deux collines : c’est la représentation symbolique du concept d’horizon. En dessous est accrochée un croix de vie ou ankh.

Représentation du soleil qui se lève entre hier et demain

L’horizon est encadré par deux lions qui se tournent le dos, matérialisation de hier et demain.

Le complexe familial d’Amennakht

Amennakht, son fils Nebenmaât et son petit-fils Khaemter disposent de trois tombes voisines qui bénéficient de parties communes et de trois chapelles de surface contiguës. Ces trois tombes de la XIXe dynastie découvertes à la fin du XIXe siècle mais ouvertes seulement en 1928 ne sont accessibles au public que depuis 2016. Nous visitons la tombe d’Amennakht qui dispose de deux caveaux.

Le mur du fond d’un des caveaux

  • Au deuxième registre à partir du haut, une (...)
  • Détail du grand panneau du mur du fond
  • Ailleurs, un milan protecteur
  • Anubis, les deux mains sur la momie du défunt, (...)
  • Sur le mur du fond de l’autre caveau, on (...)

Le temple ptolémaïque d’Hathor

Les habitants du village disposaient d’un petit temple. Construit en même temps que le village, au début de la XVIIIe dynastie, il fut modifié à plusieurs reprises avant d’être totalement détruit et reconstruit sous le règne de Ptolémée IV Philopator.

Le petit temple dédié à Hathor

La photo précédente montre que l’entrée du temple n’est pas constituée d’un pylône comme dans les grands temples classiques.

Le temple se trouve au milieu d’une grande cour entourée d’un mur en briques crues qui protégeait, outre le temple, des communs, des entrepôts et des lieux de culte secondaires. C’est dans cette cour, qu’à l’époque chrétienne, un monastère, deir en arabe, s’installa, ce qui préserva le temple des dégradations ultérieures.

  • Une enceinte cerne la cour du temple dont on (...)
  • L’autre côté de la cour et de l’enceinte

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Le temple, de taille modeste, comporte, à partir de l’entrée

  • une salle hypostyle soutenue par deux colonnes centrales,
  • un vestibule qui n’est séparé de la salle précédente que par deux colonnes composites et deux murs d’entrecolonnement,
  • trois sanctuaires juxtaposés. Le sanctuaire d’Hathor est celui du centre.

  • Pour une fois, l’entrée du temple n’est pas un (...)
  • Au premier plan, les deux colonnes de la (...)
    La porte du sanctuaire central apparaît à (...)
  • La porte qui donne accès au vestibule (dont on (...)
  • Derrière le mur d’entrecolonnement, le (...)
    On remarque au fond une colonne hathorique.

  • Dans le vestibule, sur la gauche, un visiteur (...)
  • Une vue transverse du plafond du vestibule
  • La porte du sanctuaire central

L’une des chapelles est dédié plus spécialement à Sokar. Sokaris est un dieu très ancien de Memphis, version déifiée du concept de séparation de l’âme et du corps après la mort, opération rendue possible par le rituel de l’ouverture de la bouche. À Memphis, il fut rapidement assimilé au dieu funéraire Ptah. Puis au Nouvel Empire il devint Ptah-Osiris-Sokar par assimilation à un autre dieu funéraire : Osiris.

La barque de Sokar, dite barque Henou

La barque précédente illustre le passage en bateau du défunt dans les Champs d’Ialou, endroit de l’au-delà où les âmes justes viennent se reposer si elles ont franchi toutes les épreuves de la mort. La proue de la barque de Sokar est ornée d’une tête d’antilope.

Cette chapelle comporte une scène, connue sur les papyrus mais très rare dans un sanctuaire : c’est la pesée du cœur. Le résultat de la pesée définissait si le défunt était apte ou non à entrer dans le royaume des morts.

  • Le cœur du défunt est posé sur le plateau de (...)
  • Thôt, le dieu scribe à tête d’ibis, consigne le (...)
  • Horus l’Enfant est représenté nu, la mèche de (...)
    Âmmout est la déesse qui, lors de la pesée du (...)
  • À l’extrême-droite de la scène, Osiris sur son (...)

Les autres chapelles, dédiées l’une à Hathor et l’autre à Amon-Rê-Osiris, sont ornées de scènes d’offrandes à diverses divinités. Le programme iconographique y est à peu près le même mais la divinité principale diffère.

  • À droite, le roi, protégé par Hathor, fait une (...)
    À gauche, il fait une offrande à Hathor
  • Le roi, coiffé de la couronne hemhem et suivi (...)
    À droite, à nouveau le roi, coiffé cette fois-ci (...)
  • Le roi fait une offrande à Osiris derrière (...)
  • Offrande à Amon-Rê, Mout à tête de lionne, Isis, (...)
    Khonsu, fils d’Amon-Rê et de Mout, est (...)
  • Le roi fait une offrande à Amon, suivi de sa (...)
    Mout, épouse d’Amon et mère de Khonsou, a ici (...)
  • Horus, Nephtys et Anubis
  • Cette scène d’offrande à Anubis suivi d’Amon-Min (...)
  • Hathor ? Apis ?


(En quittant Deir el-Medineh)
En quittant Deir el-Medineh


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Article mis à jour le vendredi 20 novembre 2020