Le site de Madeleine et Pascal

Denderah

18 octobre 2020, par Madeleine, Pascal

Le temple de Denderah, situé à 65 kilomètres au nord de Louxor, est dédié à Hathor, déesse de l’amour, de la joie et de la musique, tout particulièrement vénérée en ce lieu. Elle est la parèdre du dieu Horus à tête de faucon, vénéré à Edfou.

Hathor est représentée selon les cas sous l’aspect d’une vache ou d’une femme dont la tête est couronnée de cornes en forme de lyre entourant le disque solaire.

Édifié à partir de l’an 54 av. J.C. donc à la fin de la dynastie ptolémaïque (305-30 av. J.-C.), le temple actuel résulte de la reconstruction d’un temple antérieur datant de l’Ancien Empire.

L’architecture de ce temple ptolémaïque présente des particularités par rapport à celle des grands temples classiques du Nouvel Empire :

  • La façade du vestibule du temple ou pronaos qui donne sur la cour est constituée de colonnes reliées jusqu’à mi-hauteur par des murs-écrans ou murs-bahuts.
  • La structure des chapiteaux devient plus complexe.
  • Le temple possède des petites salles ou cryptes servant de magasins pour les objets du culte ou les archives du temple.
  • Le toit porte plusieurs petits édifices annexes dont un kiosque à ciel ouvert et des chapelles.
  • À proximité du temple se trouve un petit sanctuaire annexe appelé temple de la naissance ou mammisi, orienté perpendiculairement à l’axe du grand temple. Dédié au dieu-enfant, l’édifice servait aux représentations des mystères de la naissance divine : la déesse locale était censée s’y retirer pour enfanter le troisième personnage de la triade divine, assimilé au roi.

La décoration du temple et de ses annexes est un peu postérieure à sa construction : elle date de la période romaine : les noms des empereurs Caligula (r. 12-41), Claude (r. 41-54), Néron (r. 54-68), Domitien (r. 81-96) et Trajan (r. 98-117) sont identifiés dans les inscriptions. Le décor du temple se signale par l’excellente conservation de la polychromie et un exceptionnel décor de voûte céleste dans le pronaos.

Arrivée sur le site

Le temple de Denderah

Au-delà de la longue esplanade d’accès au temple, la photo ci-dessus montre les vestiges d’une muraille de briques crues qui délimitait l’enceinte sacrée, approximativement constituée d’un carré de 300 mètres de côté. L’entrée du périmètre sacré est marquée par une porte monumentale dite porte d’Hathor ou encore de Domitien.

  • La porte d’Hathor marque l’entrée du domaine (...)
    La porte monumentale est précédée, à droite et à (...)
  • La fontaine de droite
  • Colonnes à chapiteaux corinthien de la (...)
    Les bouches d’eau sont bien visibles sur le (...)
  • Ici, l’autre fontaine romaine. La vue est (...)
    Ces fontaines comportaient des réservoirs (...)

  • Le décor du linteau représente un scarabée ailé (...)
  • La porte monumentale, vue de l’intérieur de (...)
    Les scènes gravées sont d’époque romaine. (...)

La façade du temple d’Hathor

La porte précédente donne directement dans la cour : le temple proprement dit est donc dépourvu de pylône d’entrée. La façade du temple compte six colonnes entre lesquelles apparaît une porte, des murs d’entrecolonnements ou murs-bahuts et deux piliers de soutien aux extrémités, les antes.

La façade du temple d’Hathor

Le pronaos

La salle hypostyle qui donne sur l’esplanade est profonde de 25 mètres et large de 42 mètres. Haute de dix-huit mètres, elle est soutenue par vingt-quatre colonnes (six en façade et dix-huit à l’intérieur) qui s’ornent d’un chapiteau cubique décoré sur chaque face d’une tête de la déesse et surmonté d’une abaque également cubique. Les entablements qui relient les colonnes définissent sept travées : une travée centrale et trois travées latérales de chaque côté.

  • La travée centrale du pronaos
  • Depuis la travée centrale, au premier plan, (...)
  • Les chapitaux hathoriques sont constitués (...)
  • La succession des architraves, décorées sur (...)

  • Entre les colonnes, les deux registres (...)
  • Décor du fût d’une colonne : une divinité ailée (...)
  • Décor du fût d’une colonne : le roi offre à une (...)


Décor de la partie inférieure d’une architrave
En arrière-plan, le plafond.

La travée centrale est décorée d’une série de vauours aux ailées déployées et de disques solaires ailés tandis que les autres travées sont ornées d’un décor de voûte céleste évoquant les phases de la Lune, la course du Soleil, les signes du zodiaque et le calendrier.

  • Décor de la travée centrale : des vautours aux (...)
  • Le plafond de la travée occidentale est une (...)
    Au-dessus, les décans sont représentés par des (...)
  • Toujours dans la travée occidentale, la partie (...)
  • La travée suivante est consacrée aux phases de (...)
  • Dans la même travée : ici, le dieu Thôt salue (...)
  • Une travée, située du côté de l’est, porte un (...)
    L’autre travée, qu’on voit moins bien, est (...)
  • La travée située à l’est concerne la course du (...)
  • Dans cette même travée : en haut, les signes du (...)

Trois registres supérieurs sur le mur est

Sur les murs du pronaos sont représentées diverses scènes, en registres superposés : les trois registres supérieurs montrent le roi officiant devant une divinité, souvent Hathor, son époux Horus d’Edfou ou leur fils Harsomtous.

La vue ci-contre représente les trois registres supérieurs d’une partie du mur est.

  • En haut à gauche, le roi, coiffé de la couronne de Haute Égypte, fait cuire des morceaux de viande sur un brasero pour Harsomtous, coiffé du disque solaire.
  • En haut à droite, le roi offre des fards à Isis-Hathor. Celle-ci est coiffée du disque solaire entouré des deux cornes de vache (attribut d’Hathor) qui supporte l’hiéroglyphe du trône (le "tabouret" attribut d’Isis). Derrière elle, Harsomtous est coiffé d’un disque solaire surmonté de deux plumes.
  • Au milieu à gauche, le roi présente le symbole de l’horizon (un soleil sur un support) à Horus d’Edfou coiffé du pschent.
  • Au milieu à droite, le roi tend un miroir à Hathor accompagnée du dieu Ouâ. Un dieu-enfant est tourné vers le roi.
  • En bas à gauche, le roi fait l’offrande du lotus à Harsomtous.
  • En bas à droite, il présente un plateau d’offrandes à Horus derrière lequel se tient une autre divinité.

  • Une des scènes précédentes
    Le roi offre des fards à Isis-Hathor accompagné
  • En haut à gauche, le roi, précédé d’un dieu-enfant
    Couronne Hemhem sur un bas-relief dans (...)
  • Sur le mur ouest, les scènes sont orientées (...)
  • Détail d’une scène : le dieu Nil Hapy, coiffé de (...)

Le sanctuaire

Hiéroglyphe du naos

Tout au fond du temple se situe le sanctuaire ou naos qui contenait une statue d’Hathor. Un seul homme peut entrer en contact avec la divinité, c’est pharaon. Comme celui-ci ne peut pas se trouver simultanément dans tous les temples du pays, il est remplacé pour le culte journalier par le grand prêtre, seul habilité à pénétrer dans la salle sainte. Le rituel d’accès à l’effigie de la divinité est représenté sur les murs.

  • Le roi, incarné par le grand-prêtre, dénoue le (...)
  • Il saisit les anneaux permettant d’ouvrir la (...)
  • Il s’incline devant la déesse

Sur les murs du sanctuaire, les quatre dieux principaux du temple, à savoir Hathor, Isis, Horus et Harsomtous sont évoqués par les représentations de leurs barques. Celles-ci, qui portent chacune un petit naos, à l’intérieur duquel se trouvait la statue du dieu correspondant, étaient traînées en procession lors de certaines fêtes.

  • La barque d’Hathor, à gauche, et la barque (...)
  • La barque d’Isis, à gauche, et celle d’Harsomtous,
  • L’entrée du temple, vue du fond du sanctuaire

La chapelle de Sokar

Cette chapelle qui a conservé une partie de sa polychromie porte le nom d’une divinité plus ou moins assimilée à Ptah et à Osiris. La première photo ci-dessous montre que la chapelle est liée au mythe de la régénération d’Osiris.

  • Face à l’entrée : en haut, la renaissance (...)
  • À droite en entrant. Au registre inférieur et à (...)
  • Au registre supérieur, le lit funéraire sur (...)
  • Au-dessus de la porte d’entrée, au registre (...)
    En bas à gauche, le roi devant Osiris assis, (...)

Dans les chapelles et les cryptes

À la périphérie du temple se trouvent diverses autres chapelles, et, au fond du temple, des salles plus ou moins souterraines ou cryptes, dédiées au rangement des objets de culte.

  • Au fond d’une longue salle très étroite : dans (...)
  • La partie supérieure du mur du fond : pharaon (...)
  • En-dessous de la scène précédente, deux (...)
  • Au niveau inférieur : scène liturgique devant (...)

Le nom du dieu Heh en hiéroglyphes

Hiéroglyphe du pilier djed

Une salle très étroite, dédiée au dieu Harsomtous, est gravée d’une scène étonnante ci-dessous) qui symboliserait la création du monde : deux serpents se trouvenr enfemés chacun dans une sorte de sac amniotique. L’un d’eux est soutenu par le dieu Heh agenouillé et l’autre par un pilier Djed muni de bras. Tous deux participeraient ainsi à la création du monde.

Deux serpents dans une sorte d’ampoule

Dans cette même salle on peut voir aussi (ci-dessous) une représentation de la naissance d’Harsomtous-serpent.

  • Harsomtous-serpent naît d’une fleur de lotus (...)


Hiéroglyphe du sistre

Une autre salle montre la représentation monumentale d’un collier portant une série de sistres à l’effigie d’Hathor et muni d’un contrepoids qui apparaît à gauche sur la photo ci-dessous. Il s’agit vraisemblablement du collier ménat, un grand collier de perles à contrepoids, symbole de fécondité associé à Hathor, qui pouvait être utilisé musicalement comme crécelle.
Le collier monumental à contrepoids

Enfin, une longue chambre souterraine parallèle à l’axe du temple servait à stocker les objets sacrés hors d’usage. Sur la photo suivante, prise dans cette salle, on voit six colonnes à chapiteaux à l’effigie d’Hathor.

Sur le toit

Des escaliers permettent l’accès à la terrasse du temple où se trouvent plusieurs chapelles et un kiosque à ciel ouvert.

Lors de la fête du Nouvel an, la statue d’Hathor était montée en procession sur la terrasse pour être régénérée par les rayons du Soleil. 

Les scènes qui décorent l’escalier représentent cette procession. On devine, ci contre, des porteurs d’emblèmes.

  • Devant le kiosque d’Hathor
  • Vue de l’intérieur : les colonnes à chapiteaux (...)
    Il n’y a rien au-dessus de l’entablement : le (...)

Outre le kiosque précédent, plusieurs chapelles dédiées à Osiris se trouvent sur le toit. Le plafond de l’une d’elles est orné du fameux zodiaque de Denderah dont l’original fut transporté en France en 1821, après avoir été acheté par le roi Louis XVIII au pacha Mohamed Ali.

  • Entrée dans les chapelles osiriennes
  • Décor de lits funéraires sur le mur d’une des (...)
  • Sur cette ouverture vers la lumière, un décor (...)
  • Le zodiaque de Denderah, daté d’environ 50 ans (...)

Constructions diverses

Parmi les édifices qu’on trouve aujourd’hui dans l’enceinte sacrée figurent deux mammisi et une basilique copte.

À gauche, les vestiges de plusieurs constructions

La photo précédente, prise à l’intérieur de l’enceinte sacrée, montre, à gauche et de l’avant-plan vers l’arrière-plan, les restes d’un mammisi dû à Nectanebo et l’un des murs d’une basilique copte édifiée au Ve siècle. Au-delà, mais toujours à l’intérieur de l’enceinte, se trouve un mammisi d’époque romaine, non visible sur la photo.

Le mammisi de Nectanebo, roi de la XXXe dynastie (vers 380-362 av. J.-C.) est le seul vestige, sur le site, des constructions antérieures au temple actuel de Denderah.

Le mammisi romain fut édifié par Trajan mais est resté inachevé.

  • Le mammisi romain, vu de son entrée. Au (...)
  • Le sanctuaire du mammisi
  • Le plafond du sanctuaire. Dans la partie (...)
  • Colonnes de la façade sud du mammisi romain, (...)

La basilique copte conserve quelques belles niches ornées.

À l’écart du temple, on découvre les vestiges de la ville environnante.

Du toit du temple, vue vers le sud-est et un petit temple annexe


Vue vers l’est, depuis le pied de la façade du temple
Vue vers l’est, depuis le pied de la façade du temple


Article mis à jour le mardi 3 novembre 2020