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À Serguiev Possad, la laure de la Trinité-Saint-Serge

Un monastère lié à l’histoire de la Russie

18 janvier 2018, par Madeleine, Pascal

Serge de Radonège est l’un des saints les plus populaires de la Russie. Quant à une laure, c’est, dans la religion orthodoxe, un monastère qui joue un rôle particulier et bénéficie à ce titre d’une considération particulière.

En 1345, l’ermite Serge construit une église de bois dans les forêts du nord de Moscou et la consacre à la Sainte-Trinité. Le site attire de nombreux pélerins que le fondateur organise en une communauté. Celle-ci donne naissance à un monastère qui s’agrandit pour devenir un vaste ensemble écclésiastique.

Le monastère tient une place essentielle dans la vie spirituelle et culturelle du pays. Parce qu’il soutient toujours l’État, il a la faveur des princes puis des tsars qui le dotent richement. Le monastère peut ainsi attirer les plus grands peintres iconographes tels Andreï Roublev, Daniil Tcherny puis, plus tard, Simon Ouchakov.

Monument à Saint-Serge édifié, face à la laure, pour les 700 ans de la naissance de Serge (vers 1313)

Le monastère joue aussi un rôle dans l’histoire politique du pays :

  • Dès 1380, Serge de Radonège encourage le prince de Moscou Dimitri Donskoï à se soulever contre les Tatars de la Horde d’or : la victoire de Koulikovo marque le début de la libération de l’emprise mongole après 150 ans de domination.
  • En 1550, Ivan IV fortifie le monastère par une enceinte de briques.
  • Pendant le Temps des Troubles (1584-1613), le monastère résiste seize mois durant au siège des armées polonaise et lituanienne emmenées par le faux Dimitri, un prétendant au trône qui se disait fils d’Ivan IV.
  • En 1680, le futur Pierre-le-Grand s’y réfugie avec son frère Ivan et sa sœur Sophie durant la révolte des streltsy [1].
  • Sept ans plus tard, il s’y met à l’abri pour se protéger des intrigues de Sophie, devenue régente.

En 1744, le monastère est élevé à la dignité de laure par l’impératrice Élisabeth Petrovna.

C’est aujourd’hui le siège du métropolite [2] et c’est toujours un important lieu de pélerinage pour les Russes.

L’entrée du monastère

L’entrée au monastère s’effectue par la Belle tour, suivie d’une église-porche placée sous l’invocation de Saint-Jean-Précurseur, toutes deux à gauche sur la photo ci-dessous. Les bulbes bleu turquoise à la droite desquels on aperçoit un clocher baroque signalent la cathédrale de la Dormition.

L’entrée du monastère

Les passages sous la Belle tour et sous le porche de l’église sont ornés de peintures illustrant la vie de Saint Serge.

À travers le monastère

La cathédrale de la Trinité

Construite en 1422-1423, la cathédrale de la Trinité fut édifiée à la demande de Nikon de Radonège, en l’honneur de son prédecesseur Serge (1313-1393), fondateur du monastère. Élevée au-dessus du tombeau de Serge, elle est rapidement devenue un lieu de pèlerinage très fréquenté.

Au centre, la cathédrale de la Trinité et derrière elle, le bulbe doré de la chapelle Nikon (1623)

Le style de la cathédrale est celui des édifices pré-mongols : une seule coupole éclairée par des fenêtres en forme de meurtrières, quatre piliers, trois absides basses de hauteur égale. Les façades sont rythmées par des pilastres qui les divisent en trois parties.

La dorure des coupoles fut posée en 1556 sur ordre d’Ivan IV le Terrible pour célébrer la prise de Kazan.

Jusqu’en 1929, l’icône de la Trinité d’Andreï Roublev faisait partie de l’iconostase de la cathédrale de la Trinité.

La cathédrale de la Dormition

La cathédrale de la Dormition (1559-1585) fut élevée sur l’ordre d’Ivan IV pour célébrer la prise de Kazan. Elle reprend le modèle de celle du Kremlin de Moscou. Les coupoles initialement sphériques ont été transformées en oignons au XVIIIe siècle.

L’église est entièrement décorée intérieurement de peintures réalisées en moins de 100 jours en 1684 par des artistes de Iaroslavl.

L’iconostase en bois sculpté doré est à cinq registres d’icônes des XVIe et XVIIe siècles.

L’église-réfectoire Saint-Serge

Construite entre 1686 et 1692, l’église Saint-Serge est une église-réfectoire ou trapeznaïa. Ce terme désigne un réfectoire de monastère utilisé aussi pour les offices.

La façade de l’église-réfectoire Saint-Serge

La façade de l’église, longue de 85 mètres, est ornée de coquilles et de longues demi-colonnes sur lesquelles sont peintes des feuilles de vigne. Le reste des espaces est peint en damiers polychromes.

Notes

[1Les streltsy étaient les membres d’un corps d’élite créé par Ivan IV le Terrible pour contrebalancer le pouvoir des boyards. Devenue trop puissante, cette unité fut dissoute par Pierre-le-Grand en 1698.

[2Titre honorifique attribué dans l’église orthodoxe à certains évêques ou archevêques.


Article mis à jour le jeudi 8 février 2018