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Les berges du canal Alphonse XIII à Séville

Le long de l’ancien cours du Guadalquivir

30 octobre 2016, par Madeleine, Pascal

Le Guadalquivir doit son nom actuel à l’arabe oued-el-kabir qui signifie simplement "le grand fleuve". Plus grand fleuve d’Andalousie, le Guadalquivir traverse toute la dépression andalouse située entre la Sierra Morena qui borde l’Andalousie au nord et les Cordillères bétiques au sud. Il passe ainsi par Cordoue avant d’arroser Séville, de parcourir des zones de marécages et de se jeter dans l’Océan atlantique.

Séville par Joris Hoefnagel (fin du XVIe siècle)
Séville par Joris Hoefnagel (fin du XVIe siècle)

Après la découverte de l’Amérique, les Rois catholiques désignèrent Séville, alors deuxième ville du pays après Tolède, comme port exclusif du commerce ultramarin de la péninsule. Le faible tirant d’eau des navires à l’époque des Découvertes permettait en effet à Séville d’être le port d’où partaient et où accostaient les navires reliant l’Espagne à son empire colonial. C’est à Séville que les souverains installèrent en 1503 la Casa de Contratación, organisme chargé de gérer les flux de marchandises échangées avec l’empire colonial. La cité connut un rayonnement important et c’est de là que la richesse de Séville au XVIe siècle tire son origine.

Comme le montrent la gravure ci-contre et le tableau ci-dessous, attribué à Alonso Sánchez Coello, l’activité navale se concentrait, en rive gauche, dans le quartier de l’Arenal situé entre la cathédrale et le fleuve mais, sur la rive droite, le quartier de Triana qui apparaît au premier plan était déjà peuplé.

Séville au XVIe siècle ; à gauche, le pont de Triana, au centre, la cathédrale.
Séville au XVIe siècle ; à gauche, le pont de Triana, au centre, la cathédrale.

L’ensablement du port vint rapidement saper la suprématie de Séville, bientôt supplantée par Cadix, mais la splendeur artistique et architecturale de la ville se prolongea au XVIIe siècle, le Siècle d’or de la ville, puis au XVIIIe.

Le Guadalquivir est aujourd’hui le seul fleuve d’Espagne vraiment navigable. La navigation n’est actuellement possible que jusqu’à Séville, mais les Romains remontaient jusqu’à Cordoue. Séville demeure un port maritime, même si Cadix, à une centaine de kilomètres de là, lui a depuis longtemps ravi la suprématie.

Pour éviter les inondations, le cours du Guadalquivir a été dévié, au XXe siècle, à l’ouest de la ville. L’ancien cours n’est plus aujourd’hui qu’une darse qui porte le nom de canal Alphonse XIII.

Quelques édifices de la rive gauche

La rive gauche, vue de la rive droite. Au centre, on découvre le portail des arènes dont les deux tourelles sont surmontées de toits de tuiies à quatre pans. À l’arrière-plan, la cathédrale.

La plaza de Toros de la Real Maestranza de Caballería de Sevilla

Le portail principal des arènes de Séville se trouve en bordure du fleuve. Bâties entre les XVIIIe et XIXe siècles, les arènes sont la propriété de l’institution militaire laïque qui leur donne leur nom, la Real Maestranza de Caballería.

L’ancienne gare de Cordoue

La gare de Cordoue, désaffectée depuis l’exposition universelle de 1992, héberge maintenant un centre commercial.

La Torre del Oro

La Torre del Oro est une ancienne tour d’observation construite en 1221 par les Almohades pour contrôler l’accès à la ville par le fleuve. Elle faisait partie des fortifications érigées autour du centre de la ville et de l’Alcazar par les Almoravides puis les Almohades entre les XIe et XIIIe siècles.
La tour ne possédait au départ qu’un niveau. Le deuxième niveau fut ajouté à la demande du roi Pierre Ier de Castille au XIVe siècle. Le lanterneau qui forme le troisième niveau date de 1760 ; il est l’œuvre de l’ingénieur militaire Sebastián Van der Borcht, par ailleurs architecte de la fabrique royale de tabac.

La Torre del Oro, vue de la rive droite

La tour fut utilisée comme lieu de stockage sécurisé pour protéger les métaux précieux régulièrement apportés par la flotte espagnole durant la course aux Indes qui suivit la conquête coloniale.

Le palacio de San Telmo

Le palais Saint-Elme fut construit à partir de 1682 par Leonardo de Figueroa, également architecte de l’hôpital des Vénérables, de la nouvelle façade de l’hôpital de la Sainte-Charité et de l’église de la Magdalena.

La façade du palais San Telmo ne fut terminée qu’en 1734. L’édifice accueillait le Collège séminaire de l’Université des navigants où l’on formait les orphelins des marins, quand Séville était encore au cœur du commerce entre l’Espagne et son empire. C’est depuis 1989 la propriété de la Junta de Andalucía et le siège de la Présidence du gouvernement autonome.
Il s’agit d’un des monuments les plus emblématiques de l’architecture baroque sévillane. Son austérité relative rappelle le style de Juan de Herrera, l’architecte de l’Escurial.

La façade est ornée d’un splendide portail baroque de style churrigueresque [1], construit par Matías et Antonio Matías, respectivement fils et petit-fils de Leonardo de Figueroa.

Sur la rive droite : le quartier de Triana

Le pont de Triana était, à l’époque almohade, un pont flottant. Au débouché du pont sur la rive droite se trouvait une nécropole almohade dont 229 tombes furent découvertes en 1990. Pour protéger le pont flottant, les Almohades construisirent à cet emplacement un château fortifié entre le XIIe et le XIIIe siècles. Lorsque Ferdinand III de Castille conquit Séville en 1248, il offrit le château à l’ordre des Chevaliers de Saint-Georges, dont il prit le nom. Ce château, qu’on voit sur la gravure qui figure en tête de cet article, fut le siège de la Sainte Inquisition de 1481 à 1785. Il fut complètement rasé au XIXe siècle et remplacé par le marché couvert de Triana.

Notes

[1Le baroque churrigueresque est la manifestation du baroque en Espagne au XVIIIe siècle : il se caractérise par une abondance ornementale, développant des éléments tels que le retable, le portail et la façade.

Il tient son nom de la famille des Churriguera, sculpteurs de Salamanque, dont les retables sont célèbres pour être des structures spectaculaires mêlant des motifs décoratifs islamiques, gothiques et plateresques refondus dans des compositions baroques extravagantes. On peut cependant trouver les premières traces de cette architecture dans l’œuvre d’Alonzo Cano, qui dessina la façade de la cathédrale de Grenade en 1667.


Article mis à jour le dimanche 22 octobre 2017