Le site de Madeleine et Pascal

Mahabalipuram

De plein pied avec les mythes de l’hindouisme
29 juin 2014, par Madeleine, Pascal
 

Un grand port, connu de la Grèce antique, existait sur le site de Mahabalipuram dès le début de notre ère. La splendeur de la ville date des VIIe et VIIIe siècles, époque où la dynastie des Pallava fit graver l’immense relief rupestre de la Descente du Gange, excaver les temples de la Colline et édifier les premiers monuments de l’Inde du sud : les cinq rathas et les temples du Rivage.

Au VIIe siècle, le port était vraisemblablement en relation avec des royaumes d’Indonésie et de la péninsule indochinoise. La ville ne survécut pas à la chute des Pallava face à la dynastie des Chola de Thanjavur.

Les Temples de la Colline

Il s’agit de sanctuaires excavés dans le roc ; des bas-reliefs y sont gravés. D’autres sanctuaires excavés peuvent être vus à Aïhole et Badami (ce sont des sanctuaires Chalukya) et dans l’île d’Elephanta à Bombay où les sanctuaires sont attribuées aux Rashtrakuta.

La grotte de Varaha

Cette grotte renferme quatre reliefs remarquables.

Le relief de Varaha

JPEG - 296.3 ko
Le relief de Varaha

Varaha est le nom du sanglier, troisième des avatars de Vishnu. Selon la tradition, après avoir constaté que la Terre (la déesse Bhumi) se trouvait au fond des eaux qui l’avaient engloutie depuis la fin d’une ère cosmique, Vishnu se manifesta en sanglier et plongea dans l’océan pour sortir la Terre de l’eau.

Varaha a ici un corps anthropomorphe et une tête de sanglier. Son pied droit est posé sur un serpent à cinq têtes et à buste humain, sans doute Ananta, le serpent sur lequel Vishnu sommeille entre deux ères cosmiques. Varaha porte la Terre sur son genou droit.

L’ondoiement de la déesse Lakshmi

JPEG - 309.2 ko
Ondoiement de la déesse Lakshmi-Shri

Lakshmi-Shri, épouse de Vishnu et déesse de l’abondance et de la fécondité, est assise sur une fleur de lotus, entourée de ses servantes. Elle tient une fleur de lotus dans chaque main et est baignée par deux éléphants. Celui de gauche tient un vase qu’il renverse sur elle tandis que l’autre se saisit d’un vase apporté par une servante.

Trivikrama, les trois pas de Vishnu

JPEG - 299.1 ko
Les trois pas de Vishnu

Bali, petit-fils du démon Hiranyakashipu avait chassé les dieux du ciel. Ceux-ci demandèrent l’aide de Vishnu qui se présenta à Bali sous la forme du nain Vâmana, son cinquième avatar. Il demanda à Bali de lui donner le morceau de terre qu’il pourrait parcourir en trois enjambées. Bali accepta. Alors Vishnu se transforma en un géant, Trivikrama, qui en deux enjambées s’empara du ciel et de la terre. De la troisième enjambée, il repoussa Bali dans les enfers dont il devint le roi.

Le relief de Durga

JPEG - 236.5 ko
Le relief de Durga

Durga est considérée comme la sœur de cœur de Vishnu. Sa silhouette svelte est debout sur un piédestal, surmontée d’un lion et d’une antilope. À ses pieds, deux dévots lui rendent hommage. Celui situé à sa droite s’apprête peut-être à couper sa chevelure.

La grotte de Mahîshâsuramardinî

Le nom de cette grotte est celui de la scène qui représente Durga Mahîshâsuramardinî, c’est-à-dire "tueuse de Mahîshâsura" ou plus précisément "tueuse du démon-buffle". Un autre relief lui fait face : celui de Vishnu Nârâyana, c’est-à-dire endormi sur le serpent Ananta.

Durga tuant le démon Mahîshâsura

JPEG - 267.9 ko
Durga attaquant le démon-buffle

Mahîshâsura est le nom du démon-buffle qui avait envahi les cieux et menacé les dieux. Ceux-ci allèrent trouver les trois puissances de la Trimoûrti : Brahmâ, Vishnu et Shiva. Alors qu’ils réfléchissaient pour trouver une issue, une terrible tempête éclata. Des éclairs zébraient le ciel, un feu intense se dégagea et les flammes prirent la forme d’une jeune femme de toute beauté : il s’agissait de Durga. Les dieux la dotèrent de pouvoirs, la pourvoyant en armes puissantes. Elle plut à Mahîshâsura, le démon-buffle, qui voulut l’épouser. Elle lui indiqua que, s’il la battait au combat, il aurait ce qu’il désirait. Le démon envoya donc ses armées, qu’elle vainquit, puis elle le tua, ramenant la joie aux habitants de la terre.

Vishnu Nârâyana

JPEG - 243.5 ko
Vishnu sur Ananta

Vishnu Nârâyana est le nom d’une représentation de Vishnu sous la forme du dieu allongé sur les anneaux du serpent Ananta aux multiples têtes, flottant sur les eaux.

Vishnu est ici profondément endormi sur le serpent d’éternité à cinq têtes. Il respire la quiétude, malgré la présence des deux démons Madhu et Kaithaba. Mais des guerriers veillent à ses pieds, prêts à intervenir.

Promenade sur le site

La Descente du Gange

JPEG - 314.1 ko
Le relief de la descente du Gange

Cet immense relief de 27 m sur 9 date du VIIe siècle et dépeint le cours du Gange depuis les cieux et l’Himalaya. Il évoque un mythe conté dans le Ramayana.

Le mythe de Bhagiratha

Les ancêtres de Bhagîratha, fils de Sagara, s’étaient rendus coupables de nombreux crimes avant d’être réduits en cendres par le sage Kapila. N’ayant pu recevoir les rites funéraires après leurs forfaits, leurs âmes ne pouvaient trouver le repos.

Dans la tradition indienne, il revient au fils ou à ses descendants d’accomplir les rites funéraires pour les ancêtres. Cette tâche pesait donc sur les descendants de Sagara et s’avérait d’autant plus difficile que le seul moyen d’accomplir des rites libérant les âmes des criminels était de faire descendre la rivière céleste Ganga qui seule peut purifier tous les péchés.

Les générations successives cherchaient donc en vain un moyen de faire descendre la Ganga, jusqu’à ce que naisse le pieux Bhagîratha. Celui-ci dépourvu de descendance, ne pouvait faillir à son devoir. Il accomplit de longues ascèses afin d’obtenir de Brahma la descente de la Ganga. Mais la chute de la Ganga depuis les cieux risquait, par sa puissance, de tout détruire sur la Terre. Baghîratha accomplit donc une nouvelle ascèse, restant sur un pied pendant un an, afin que Shiva accepte d’intercepter la Ganga dans sa chute.

À l’issue d’une année, Shiva accepta d’accéder à la requête de Bhagîratha. Il obligea la rivière à descendre en traversant les tresses inextricables de son chignon où la Ganga s’égara pendant de nombreuses années jusqu’à ce qu’enfin elle descende sur Terre où l’attendaient toutes les créatures, animaux et êtres divins. Bhagîratha put ainsi enfin accomplir les rites funéraires pour ses ancêtres.

Détail de la partie droite
Détail de la partie droite

La fissure centrale représente le cours du Gange et a peut-être été alimentée par un réservoir d’eau simulant le fleuve. À gauche du fleuve, se trouve l’image de Shiva. Hormis les nombreuses représentations divines, le bas-relief dépeint la vie quotidienne des paysans et bergers des montagnes au VIIe siècle, avec leurs troupeaux.

Sur la partie inférieure droite du relief sont figurés de grands éléphants, avec leurs petits entre leurs pattes. Leur interprétation reste incertaine : ils figurent peut être les piliers de l’univers, situés dans le monde souterrain. C’est là que les ancêtres de Bhagiratha avaient été réduits en cendres par Brahma.

Détail de la partie gauche
Détail de la partie gauche

Le mythe de l’ascèse d’Arjuna

Selon une interprétation qui est contestée, le relief mettrait en scène un épisode du Mahabharata, la pénitence ou ascèse d’Arjuna :

Après la perte de leur royaume, les cinq frères Pandava erraient dans la forêt lorsqu’Arjuna, le plus valeureux d’entre eux, se mit à la recherche d’une arme miraculeuse qui lui permettrait de vaincre leurs ennemis, les Kauravas. Il se rendit donc dans les Himalayas où il se mit à pratiquer l’ascèse, debout sur une jambe et les mains au-dessus de la tête. Au bout d’une longue période, il fut attaqué par un démon ou asura qui avait pris la forme d’un sanglier. Alors qu’Arjuna venait de le tuer d’une flèche, un chasseur apparut devant le guerrier et déclara que c’était lui qui avait abattu l’animal. Les deux hommes commencèrent à se battre mais bientôt Arjuna reconnut Shiva sous les habits du montagnard. Il s’inclina devant le dieu qui, voyant que le héros réunissait la plus grande piété à la plus grande bravoure, lui accorda l’arme Pashupata qui rend invincible.

Les cinq rathas

Cet ensemble de cinq temples monolithes a été sculpté par les Pallava entre le VIe et le VIIIe siècles : il s’agit d’édifices dégagés à partir de gigantesques blocs de diorite qui se trouvaient là. Ces temples monolithes ont succédé aux sanctuaires excavés dans le roc.

Leur nom, ratha, signifie chariot de procession et évoque leur forme, bien qu’ils soient dépourvus de roues. La tradition a donné, sans raison particulière, à chacun le nom d’un personnage du Mahabharata. De fait, chacun est dédié à une divinité bien précise.

JPEG - 194.9 ko
De gauche à droite, les rathas de Draupadi, d’Arjuna, de Bhima, de Dharmaraja-Yudishtira et de Nakula-Sahaveda

À côté des temples se trouvent aussi un tigre, monture de la déesse Durga, et un éléphant, monture du dieu du temps Indra.

Le ratha de Draupadi
Situé à l’extrême gauche, ce temple porte le nom de la princesse Draupadi, l’un des personnages féminins principaux du Mahabharata. Il est dédié à Durga ce que suggère le tigre, monture de la déesse présente devant l’entrée du temple.
Son vimana affecte la forme d’une hutte à toit de chaume. Ce modèle restera sans lendemain dans la pierre.
À l’intérieur se trouve un bas-relief représentant la déesse Durga debout sur une double fleur de lotus et entourée de dévots procédant à des rites d’auto-sacrifice.

Durga et les dévots
Durga et les dévots

Le ratha d’Arjuna
Ce temple porte le nom du troisième des cinq frères Pandava, celui qui gagna lors d’un concours la belle Draupadi. La présence du taureau Nandi couché à l’arrière et sculpté sous la plate-forme suggère que l’édifice est dédié à Shiva.

Cet édifice est, parmi les cinq rathas de Mahabalipuram, celui qui préfigure le mieux les rathas à roues qu’on retrouve à Darasuram et à Hampi, dans le temple de Vitthala.

Le temple est précédé d’un vestibule. La toiture pyramidale à étages de taille décroissante surmontée d’un couronnement de forme octogonale est caractéristique du style dravidien.
La face arrière montre diverses divinités associées à Shiva.

Le ratha de Bhima
Dédié à Vishnou, ce temple porte le nom du deuxième des cinq frères Pandava.

C’est un édifice de plan rectangulaire, présentant un portique et couvert d’une toiture en berceau brisé renversé. De petits édifices en bas relief ornent la la corniche.

Ratha de Bhima
Ratha de Bhima

Le ratha de Dharmaraja ou Yudhisthira

Dédié à Shiva, ce temple porte le nom du plus pieux des cinq frères Pandava. Il est surmonté d’une structure pyramidale à étages. C’est le seul qui porte une inscription : elle fait référence au roi Pallava Nârasimhavarman Ier.

Le temple est analogue au ratha d’Arjuna, avec un plan carré et une colonnade, une toiture dravidienne à trois étages comportant des réductions d’édifices et cernés d’un garbagriha (espace de circumambulation) en réduction. Les divinités sculptées à l’extérieur comportent un Shiva androgyne et un harihara, représentation mêlant les attributs de Vishnou à ceux de Shiva.

Le ratha de Nakula-Sahadeva
Nakula et Sahadeva sont les noms de deux jumeaux, les quatrième et cinquième frères Pandava. Le temple est dédié à Indra, le dieu du temps, comme en témoigne l’éléphant, monture de la divinité. L’édifice, inachevé, présente un plan avec une abside et un porche soutenu par des colonnes. Dans l’abside, un déambulatoire est même esquissé. Cette abside n’est d’ailleurs pas sans évoquer, par sa forme, l’arrière-train de l’éléphant.

On retrouvera ce modèle à Aihole.

Les temples du Rivage

JPEG - 139.1 ko
Les temples du Rivage face au golfe du Bengale

Les temples du Rivage sont parmi les premiers temples construits, par opposition aux architectures monolithes, creusées dans des grottes ou sculptées à partir de gigantesques blocs comme les Rathas tout proches.

Ces deux temples font face au golfe du Bengale et sont dédiés à Shiva. Ils sont quasiment contemporains du Kailashanata de Kanchipuram. Dans l’un des temples figure un relief de Somaskanda : il s’agit d’une représentation de Shiva assis à côté de sa parèdre Uma avec son fils Skanda, ici debout sur le paon.


Article mis à jour le 9 septembre 2016